LA FACE CACHÉE D’UN POÈME





À Maria-D

La face cachée d’un poème

Ici sur ce papier blanc blême

Où l’on essaie un mot puis l’autre

En reliant Tohu-Bohu

Guerre du Feu et de la Terre

à la modeste poterie

aux essais de l’homme d’argile

à la femme qui barbotine

La face cachée d’une pièce

Mise ici sur le papier

Barbotée bredouillée fouillée

Au bout des doigts de Soi comme un Autre

C’est réussi ou c’est raté

Savoir-faire n’est pas donné

Ici sur ce papier où l’encre

Le temps d’un poème…a coulé

.

J’ai écrit des suppléments imaginatifs, des résonances de souvenirs en voie de disparition J’ai écrit pour donner corps aux personnes que je fus et à celles qui m’ont quitté J’ai écrit dans l’ivresse de fragments que l’on pourrait considérer aussi comme autant de ratages créateurs J’ai écrit dans un temps qui jouit des dernières douceurs de vivre en bonne santé J’ai écrit dans le mouvement qui me fait passer au travers de périodes séparées de ma petite histoire J’ai écrit pièce par pièce ce qui ne peut-être rapiécé

Préface Un dictionnaire à part moi Editions du Net juin 2022

PAROLES CONTRE PAROLES

PAROLES CONTRE PAROLES
Paroles sur le papier
Prises de paroles en Mai 68
(Mais d’où tu parles ?)
Paroles de Haine en ligne
Paroles de l’Hymne à la Joie
Paroles au creux de l’oreille
Paroles des bons Sauvages
Paroles à tout berzingue
Paroles plus que lentes
Paroles d’un trait de plume
Paroles d’un sang d’encre
Paroles qui ont bifurqué
D’oboles en paraboles
De paroles venues des dieux
En paroles dont le nom
Nous a paru d’éternité

***

– Mais d’où tu parles ? – De paroles sauvages en écrits raffinés, je me lance, je croise et ne suis jamais satisfait.
– Un exemple ?
– Agile Argile Fragile agitent ce texte dont j’ai perdu les clefs.
– Et alors ?
– Rien. Je ne me hâte pas de les retrouver.
J’aime naviguer dans le labyrinthe de l’obscurité, entrecoupé de rires et de fragments de récits d’explorations.
– Tu parles d’un chantier !
– Un champ de fouille, un atelier ; chacune et chacun s’y attelle, s’y confronte, s’y conforte, s’y réfugie, s’y reflète, s’y décale, s’y aventure, s’y rêve…
Et les voix s’entrecroisent multiples, profuses, futiles, incoercibles et par-dessus tout…jouissives.

DU TEMPS

Crise du temps

Que l’on met au travail

Pour le remettre en forme

Pendant que l’on s’absente

de soi et que l’autre s’insinue

peu à peu

dans la place du même

.

Ça fait charabia

Araigne dans la tête

Boulotant les neiges d’antan

Et c’est aussi

l’antienne d’Apollinaire

Mon beau navire ô ma mémoire

Avons-nous assez navigué

.

Arrêt buffet

Je parle dans ma tête

Comme d’autres

parlent au papier

Dans une nuit nue

À la mémoire embrouillée

.

Il est midi

L’heure des colibris

Qui sucent les fleurs rouges

Des corolles absentes

De tout bouquet

.

Le temps est un enfant qui joue

au tric-trac tout à trac

et au jeu de dés

qui n’en finit pas de défier

al-azhar

le Hasard et la fleur d’oranger

TRAVERSER LA NUIT

Traverser la nuit à la rame

À la ramasse ou dans l’ivresse

D’un blues sous la lune

Oublier points et virgules

.

Au fil de la plume

On écrit un mot puis un autre

Qui nous soigne ou nous blesse

.

C’est déjà l’aurore

Des paroles blanches

Qui peu à peu s’irisent

.

On referme le livre

On ouvre ses yeux

Sur les pièces d’un puzzle

Impossible à reconstituer

Sur poésie mode d’emploi

.

Il est sept heures

Le jardin s’éveille

On va s’endormir

Sur une mélopée

De Madame Morphée