CINQ MINUTES À PERDRE

Si vous n’avez pas cinq minutes à perdre, ne lisez pas la suite.

Si votre esprit n’a pas l’habitude de battre la campagne, passez votre chemin.

Si votre cœur est incapable d’offrir un myosotis à une fille, n’écoutez pas Brassens.

Mais si vous aimez les mots chantés à voix profonde et douce, et comme Anne Sylvestre, les gens qui doutent,

Vous êtes les bienvenus sur un rythme de Django, diablement manouche, avant qu’un peu de terre n’emplisse votre bouche.

L’ENFANCE DE L’ART

Je flotte, avant de fermer les yeux pour m’endormir, 

vers un asile sans frontières,

en parcourant des yeux des poèmes définitivement perdus

Je les lis pour qu’ils me lient à leurs métamorphoses

Ainsi ce chemin mouvant qui va l’amble

Ou bien une enfant brune qui mange un réglisse

C’est l’enfance de l’art de l’ancienne rhétorique

C’est le train-train métaphorique

D’un veilleur qui coûte que coûte

Se tient en alerte devant

Sa fenêtre primitive

41° LIEU publié sur Encres Vives octobre 1997

2° version 

Je flotte, avant de fermer les yeux pour m’endormir,
vers un asile sans frontières,
en parcourant des yeux des poèmes définitivement perdus.


Amateur, c’est aimer
loin du monde et du bruit,
décliner l’espérance
d’une langue fléchissante et colorée.


Je les lis pour qu’ils me lient à leurs métamorphoses —
ainsi ce chemin mouvant qui va l’amble,
ou bien une enfant brune qui mange un réglisse :
l’enfance de l’art de l’ancienne rhétorique.


C’est aimer le rythme
et la vibration,
écrits sur la page d’un papier choisi
pour son grain, sa texture.


C’est le train-train métaphorique
d’un veilleur qui coûte que coûte
se tient en alerte devant
sa fenêtre primitive,
ouverte sur les murs du grand Mai
où les mots jouissifs s’obstinent —
et tout le reste est littérature.