PASSER

Passer comme le fleuve qui est de temps et d’eau
Passer sur notre barque du berceau au cercueil
Passer comme la folia de la viole baroque
Passer comme ces vers qui filent l’anaphore

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Passer sur nos dessins de plage sans leurs pavés
Passer les nuits d’écriture sous la flamme d’une chandelle
Passer la poésie au peigne fin des sous-bois de myrtilles
Passer d’un poème à l’autre tissant dans le noir leurs habits de lumière

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Passer sur la devise de Bernardino Corio
(un humaniste de la Renaissance) :
E bello doppo il morire vivere anchora
Il est beau après la mort de vivre encore



Je trace le passage

J’AI RIEN À LIRE

J’ai rien à lire c’est ennuyeux au cours d’un nuit blanche hermine

Je n’ai alors que le recours à l’écriture de mes réminiscences

Mais finalement vaut mieux pas

J’ai assez donné à ce propos avec des je me souviens et autres embrayeurs de feuillages internes :

Alors je brode comme on dit

Je passe d’un mot à l’autre afin de finir cette page qui de blanche va se retrouver noire

Va se noircir au fil de la plume qui s’arrête souvent la main levée

Attendant que souffle une nouvelle petite brise marine

Pour reprendre l’élan je lis que le livre sur lequel je prose ces quelques vers

Est fait de papier ivoiré et bouffant

Je suis bluffé

Alors je bouffe je souffle et je ris carrément dans cette chambre d’hôtel donnant sur une route nationale

Protégé ( pour l’ouïe ) par les carreaux d’une fenêtre à triple vitrage

Métaphore bien venue pour clore enfin cette histoire

QUEVEDO

Je profite de la petite pluie de ce 20 août pour, loin des plages redondantes, voler quelques images fortuites à Quevedo

Trois sonnets dans la langue mère

Las de la carrière des ans passés

Vaincue par l’âge mon épée

Bref rien qui ne fut recuerdo

De la muerte la mort la mort

Toujours recommencée

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Mais au-delà il y a l’amour

Cette mémoire d’un corps ardent

La nage d’une flamme

Dans l’eau glacée

Nadar sabe mi llama la agua fria

.

Tout les amoureux de poésie

Devraient connaître ces desux derniers vers :

( esprit, veines, moelle) deviendront cendres

Poudre seront mais poudre empreinte

d’amour

Polvo seràn mas polvo enamorado

CONTRE LES MAUX

Contre les maux

Je joue les mots

Les mots lyriques

Les mots épiques

Je joue les mots

D’une nouvelle rhétorique

.

Contre les maux

Je joue les mots

Cris du Tambour

Qui brisent les verres

Vers de Rambour

Mon ami poète

.

Contre les mots

Et les souffrances

Je joue les sons

De délivrance

J’enfourche Dada

Et ses images

Les mots d’Alice

Et le non-sense

.

Contre les mots convenus

De la tribu

Je joue les mots

D’un Art poétique

dit Verlaine l’indécis

Au précis se joint

.

Là où s’arrêtent les maux

Commence la musique

Des mots

La colombe de la paix

Et les jets d’eau

Des fêtes du langage

Lents gages

De bibelots abolis

Et de cadavres exquis

Danse joyeuse de la  Poésie