UNE PAGE BLANCHE DE LA SÉRIE NOIRE

Bon ça a été du sport l’écriture de ce texte D’abord il m’a fallu retrouver la petite clef qui ouvrait la valise où il était caché Je me suis souvenu après d’intenses cogitations que la clé en question était entre deux pages du Bonheur des ogres le premier livre publié par Pennacchioni alias Daniel Pennac dans l’inquiétante collection de la Série noire Ensuite une fois ouverte ce n’est pas un texte tout fait qui est apparu mais des tas de mots en sont sortis Tout un fatras de l’un dans l’autre des mots-valise et des mots-miroir qu’il m’a fallu récupérer au petit bonheur la chance : des clones de Satie et de ses gymnopédistes, des gnocchis et des gnosiennes, des cordes de pluie et des cordes de piano pincées par des épingles à nourrice, de la peinture au ripolin des deux célèbres Pica – le sot et le bia- des dés à coudre le temps perdu, des partitions exécutées aux lisières du silence et des lecteurs indifférents ou excités comme des puces sautant sur chaque page de cette série donnée à lire blanc sur noir ici même sur le blog mythique de poésie mode d’emploi

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Martigues 27 mai 2025 02.00

ONZE ANS APRÈS

à mes deux filles

Un soir du 25 mai, comme aujourd’hui,
fête des mères —
un soir, il y a onze longues années,
tu nous as donné ton soupir dernier.

Exactement là,
dans notre chambre
où je prose ces maudits vers,

avec toi
et ton souffle —
braise des derniers feux.

Et tu n’eus pas de dernier mot,
comme on en invente dans la littérature.

Plus tard,
lorsque trois ans furent écoulés,
j’ai publié Poèmes à ma morte
pour ta mémoire,
toi qui nous as tant donné.

Et maintenant
je ne sais plus comment dire.

Le fleuve du temps long
a calmé nos douleurs,

mais non notre désir
de porter en nous
les rêves qui t’habitaient —

ces jours d’azur
et le soleil
de l’enfance.

SIX SIZAINS

J’écris en vers de huit syllabes

Le front ridé les cheveux blancs

Mais nullement ne me lamente

Au vrai j’écris la tête claire

Pour le plaisir de Poésie

Cette série de six sizains

.

Le front ridé les cheveux blancs

J’écris en mes cheminements

Je le fais de telle façon

Que qui voudra rimer y rime

Sachant lire sur le lutrin

Et chanter si le cœur lui dit

.

Mais nullement ne me lamente

N’étant pas en quête d’amante

Excepté voir dame Mémoire

Mettre et ranger dans son armoire

Ses ressources ruminatives

Et mêmement l’estimative

.

Au vrai j’écris la tête saine

Mettant en branle Fantaisie

Titillant ses sens endormis

Par la paresse des pensées

inadéquates coat coat coat

Celle des paroles gelées

.

Pour le plaisir de Poésie

Batifolant avec Villon

Qui n’a tente ni pavillon

Qu’il n’ait laissé à ses amis

Peu de Villons en bon savoir

Trop de Villons pour décevoir

.

Cette série de six sizains

un peu zinzins touche à sa fin

Elle fut écrite à Copenhague

Cité où le bien-être est roi

Les blondes filles le vélo

Joie et liesse en sont le lot

Copenhague dernière 22 mai 2025

LA MORT LE VIDE LA FÊTE

Susciter des attentes

Promettre une image juste

Juste une image

Sur « la mort » :

Un peu profond ruisseau calomnié

Sur « le vide »

Je ne bouge pas

Ma respiration s’apaise

Une plénitude m’envahit

À partir du vide

Je crée du viable

Que diable !

Posté depuis Copenhague la ville où les enfants dans les rues les  parcs les châteaux les canaux et le site unique de manèges en fête de Tivoli sont Reines et Rois

dimanche 18 mai 2025

PRATIQUE DE LA POÉSIE

Entièrement absorbé par le geste d’écriture d’un poème

Oubliant les affaires qui m’ont accaparé toute la journée

La pratique de la poésie a l’avantage de m’imposer une discipline :

Compte tenu des mots

Du parti pris des choses

La poésie – contrairement à ses doux rêveurs qui la déservent – vise un but pratique

Dans un monde lourd, bruyant du braiement des ânes, maintenir la persévérance d’une voix discrète, légère, un frisson d’eau sur de la mousse.

Copenhague 16 mai 2025