Écrit en rimes tintinabulantes Dont jouissaient les poètes de la Renaissance . Écrit en jouant aux dés ou au trictrac Écrit en y réfléchissant Ou tout à trac . Écrit comme une épitaphe Ci-gît le badin de la farce . Poème écrit sur le cours Mirabeau D’Aix-en-Provence En imaginant voir passer Le comte Honoré Riquetti Orateur génial en 1789 Au Jeu de Paume . Poème écrit jubilant À l’occasion du meilleur moment De nos vies quand nous proclamons À la terre entière : Un.e enfant nous est né.e . Écrit depuis le toit tranquille du Cimetière marin Ou Avenue de l’opéra (toujours tout droit) . Écrit à la terrasse d’un café De Martigues ou de Sète Sur un carnet à ressort Ou le cahier d’écolier D’un enfant aux cheveux blancs . Un poème de tortue Sans sa carapace Le 555e au-dessus D’une pile infinie D’un poète inconnu Mais indécourageable Martigues 14 mai 2025
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ÉCRIRE DE LA PROSE EN SILENCE
A 1
Écrire de la prose en silence,
avec le moins de mots possible,
pour mieux en serrer le sens.
J’entreprends cette page, à la main,
comme un devoir d’amitié.
Une confiance en la lenteur de la plume
qui parle au papier.
Et qui, de toutes manières,
ne reviendra pas en arrière,
ne fera pas de ratures —
assumant ainsi les imperfections,
l’inachèvement.
Avant de passer à la seconde page,
j’observe l’Étude des mains de Dürer
et je regarde — plutôt que je ne lis —
un poème en italien,
avec sa traduction en vis-à-vis :
En pensant à toutes les mains tendues que j’ai serrées…
________________________________________
A 2
Mes mains —
et particulièrement la droite,
en ce qui me concerne —
qui, depuis tant et tant d’années,
fait sa besogne.
Une main qui apprit, chemin faisant,
à se libérer de l’abandon
à ce je-ne-sais-quoi
d’écriture sans cœur.
(Cet ajout précédent, à la pointe fine,
n’est pas de mon goût.
Comme si une autre personne
s’était avancée, masquée.
Une ruse pour ne pas en venir aux mains.)
Un no sé qué.
Par cet hispanisme, je prends de l’air —
airosidad.
Lors me vient cette fantaisie :
un duo de chanteurs et de musiciens
des années 50
qui chantaient comme des innocents :
"mè-qué-mè-qué mais qu’est-ce que c’est" —
et à l’inverse,
la chanson d’Ève :
"Sources qui sourdent, murmure immense" —
et pourtant : silence.
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A 3
Avant d’écrire cette troisième page,
j’ai réécouté les 3 Gymnopédies d’Érik Satie.
Un art mathématique,
un silence suivant sa partition,
sans barre de mesure.
Et, plus étonnant encore :
sans piano pour l’écrire.
Ailleurs je lis :
les sables du silence se couvrirent d’eaux vives —
comme la poésie,
silence de la prose,
irrigue les créations d’Encres Vives.
Une maison d’édition de poèmes au format A4,
que j’eus l’honneur d’habiter
grâce à l’amitié de son créateur,
le regretté Michel Cosem.
Si je retenais un seul de mes recueils,
ce serait La nostalgie du présent.
Ce sera, pour clore
ce premier essai en prose du silence,
mon dernier présent.
UNE NUIT UNE SEULE
Une nuit une seule
Veilleur veillant
Ses encres blanches
Fondant dans sa tête
.
Une nuit une seule
Comme si c’était
L’ultime
La dernière lune
.
Une nuit une seule
Dans le fatras des Idées
Et des Correspondances
.
Une nuit une seule
Pianotant ce poème
En suspens
En écho des amours jaunes
De Tristan
.
Une nuit solitaire
Verbe vibrant
Dans la nuit sombre
Des neiges d’antan
.
TU NE CESSES D’ÉCRIRE
Et quand personne ne me lira a écrit un jour ou une nuit Michel de Montaigne
Tu ne cesses d’écrire en refusant d’écrire ce qui vient automatiquement
Tu ne cesses d’écrire ce que tu ignorais que tu allais écrire : une histoire vécue dans une bicoque de l’Altiplano péruvien entouré la nuit de momies de la période Inca, une pêche à la nivrée dans un bras de l’ Orénoque avec les indiens Panarés, une corvée où l’on monte au grenier le blé à dos de paysans dans ta maison de l’ Ariège.
Tu ne cesses d’écrire d’une encre qui se souvient de tout
Tu ne cesses d’écrire sans espoir et sans but mais aussi sans ratures le geste de l’archet l’insouci de la rime
Tu ne cesses de lire ce que tu viens d’écrire et qui sans lectrice ou sans lecteur ( une ou un suffit) restera langue morte
POÉSIE FUGITIVE
Je cherche le passage
Entre sens et non-sens
Le son et le silence
Les réelles présences
.
Vulnérable fragile
Je maintiens mes tropismes
Fragments anachroniques
Et métaphores vives
.
Poésie fugitive
Toutes ces petites pièces
Qui s’échappent de ma plume
En croisant chaîne et trame
.
Et sans jamais en faire un drame
.
Martigues 29 avril 2025