ON VA VOIR CE QU’ON VA VOIR

On va voir ce qu’on va voir y compris les yeux fermés On va voir des écrivains mauvais comme des cochons On va voir  le corps d’un dormeur du val enveloppé dans des draps de coque d’oeuf On va voir des cygnes qui sur le point de pousser leur dernier chant se noient dans la rosace de la cathédrale d’Amiens On va voir un homme soluble dans le dictionnaire Larousse illustré On va voir une lime à ongle  scier les fondations de la tour Eiffel On va  voir ma mère qui est toujours là chanter la madelon à l’angle de la rue de la Paix et de la place de l’ Opéra On va voir deux Esquimaux chanter la ballade des mots exquis On va voir cette présence reliée à l’enfance de l’art le chemin de la fin qui recule vers le futur ou vers le néant c’est selon

UN RÊVE DE BEAUMARCHAIS

Beaumarchais rêvait d’un brochet

C’est juste un vers qui n’est pas vrai

Mais cette fadaise était bonne à croire

Tous les synonymes en attestent :

calembredaines balivernes chimères

billevesées sottises niaiseries sornettes

Sans parler de la malle aux colifichets

Un héritage de Bouvard et Pécuchet

Un objet retenait l’attention de Caron

C’était une montre squelette

Créée par son père horloger

Son mécanisme est apparent

Tel ce texte qui sous la chair

Montre ses ossements

RIMES  AILLEURS

J’ai eu des amis rimailleurs

Qui désormais riment ailleurs

Avec les vers du cimetière

Rimailleurs rimassant leurs rimailles

Dont à la fin ils sont marris sans maille

Écrit Marot pour que sa rime aille

Mari j’étais moi aussi d’une belle Ève

Qu’un méchant cancer

(c’était il y a onze ans)

achève

Dessinant ce visage sans lèvres

Par où commencent les ténèbres…

Et les crises de vers