Manière de rêves images qui viennent par petites séquences déconcertantes me visiter
Il y a une baleine montée dans le métro du Trocadéro
Il y a un marcassin qui vient heurter mon auto
Il y a la lune ronde qu’une éclipse de Terre réduit à un point zéro
Il y a un gros lézard qui sort d’une nouvelle de Julio Cortazar
Il y a beaucoup d’autres bêtes de songe qu’il ne m’est pas loisible de coucher sur le papier
Le rêve d’ailleurs vient de se terminer
MES PARTS DE RÊVES
Il y a peu de temps que je me suis endormi Je viens de rêver Vagues images sur lesquelles je suis incapable de mettre des mots Ils me font faux bond Mais je n’en ai aucune frustration Au contraire en attendant le prochain endormissement Je recopie sur mon carnet des nuits transfigurées : la vida es sueño « La vie est un songe » Que es la vida un frenesi una ilusión una sombra una ficción Frénésie illusion ombre fiction : « la vie est un rêve» Gérald de Nerval prend le contre-pied de Calderón : Le rêve est une seconde vie Non « le rêve sans rêveur » mais « le rêve de rêverie » provoqué, amplifié, excédé par ce loisir de plume où l’on n’a plus pour tâche que d’imaginer Imaginer cette part de rêve qui nous permet de mieux affronter la dure réalitéde nos vies
Que c’est tentant une feuille blanche comme neige tant va la plume bleue noire rouge ou verte qu’elle s’y déploie « passe au travers » – expression mystérieuse je vous l’accorde suggérée par l’égyptien errer – plume nomade qui trace lignes listes inscriptions tant et tant qu’à la fin peut émerger une forme inédite surtout il est vrai si tout lecteur s’y met lui aussi toute lectrice s’y attèle prend à son tour la plume le calame le stylo bic et s’adonne au recopiage à la main tout en parlant à son papier et sans s’interdire quelques modifications, approximations : la chair des textes ainsi choyée doit être joyeuse et nos pages blanches féconder