JE RÊVE D’UN ATELIER D’ÉCRITURE

RÊVES EN PAGAILLE 2

Je rêve d’un atelier d’écriture Je donne aux participants un vers connu ou inconnu Un vers unique qu’il s’agit d’étirer puis par éliminations successives de réduire à un seul mot Je rêve que je suis dans le fournil du boulanger où j’allais enfant comme un « effaré » Un vautour entre qui prend dans ses serres une miche croustillante Je rêve que je suis à la caisse d’un supermarché mais quand je sors ma carte bleue elle fond dans mes doigts Je rêve d’un dessin de Chaval de l’album Ils sont cons ces oiseaux Une grue cendrée me fonce dessus Je cours comme un dératé mais me retrouve devant un précipice Je rêve d’une petite dame brune qui m’apprend à danser la valse puis le tango tout en jouant de l’accordéon diatonique Je rêve que je fais un speech devant la Sainte Victoire au musée de Bâle (Basel) Mais au fur et à mesure de mon baratin le tableau de Cézanne disparaît au profit de celui d’André Masson Je rêve de Jacques Audiberti dont le père maçon chantait la chanson de ce diable de Nougaro rue du Saint Esprit

36 CHOSES FAITES ET QUI NE SONT PLUS À FAIRE (7 à 12)

sept

Enregistrer 3 cd de chansons de mon cru au studio du Petit Mas à Martigues (la Venise provençale) où je vis

huit

Assister au concert de Charlie Mingus assis tout près du maître et de ses musiciens dans l’amphithéâtre en plein air de Châteauvallon (sur les hauteurs de Toulon)

neuf

Jouer au jeu de barre (mon préféré) dans la cour de mon école située sur une place de mon village natal

dix

Passer sur le billard (la table d’opération) pour qu’un chirurgien (jamais le même) enlève diverses pièces de mon anatomie : l’appendice, la vésicule biliaire, la prostate

onze

Assister au meeting d’Alvaro Cunhal le leader communiste portugais dans un théâtre à l’Italienne durant la Révolution des œillets

douze

Prendre le bain de minuit à Sitges (Catalogne) et à Santiago de Cuba

faire un dessin dans la rue de New York City le 14 juillet 1971

Complément écrit sous une autre forme : mille et un fragments d’une vie…(texte en cours)

992 OBSTINÉ Obstiné ? Obstiné ! Rigoureux ? Si on veut. Plutôt dans le couple en tension, passion des mots et, après coup, essai de précision. Obstiné. Dans le va-et-vientdes rencontres qui remettent tout en question, les « conteurs » à zéro.  Obstiné. Dans ces inscriptions manuscrites qui couvrent mille de mes carnets, écrits aux Halles de Paris, au marché de Cuzco, dans le métro de New York, le tube londonien,  devant un lac des Hautes Pyrénées (un atelier d’écriture du GFEN), dans la case de mes hôtes amérindiens, et bien ailleurs. Obstiné. Tout ça, au fur et à mesure, ayant tendance à s’oublier. Passage aux oubliettes, dans les impasses du labyrinthe des causes perdues. Ostinato Rigore. Laissant la ricorée de l’âme à ceux qui n’aiment ni le fort de café, ni le for intérieur. Le poème véritable résiste à l’indifférence comme à la louange.  Liberté sur parole : libertad bajo palabra, comme écrivait Octavio Paz. Cherchant obstinément à répondre à « l’étrange appel » : comme la promesse qu’il existe autre chose, réalisable par l’art sans doute, que le néant des plaisirs immédiats et des jours Marcel Proust

HÊTRE OU NE PAS HÊTRE

HÊTRE OU NE PAS HÊTRE

Il y a comme un grand trou dans la forêt sous le feu du réchauffement climatique

Le hêtre, h aspiré par le stress hydrique, sacrifie ses feuilles, puis sa ramure, entre en dormance et connaît son dernier printemps si la sécheresse persiste

Mais le mort peut rester sur pied jusqu’à deux décennies

Les pics y logent alors et les insectes saproxyliques se goinfrent du bois en décomposition

Adieu la chouette de Tengmalm et au loir qui aiment les hêtres vivants et fringants

Notre hêtre toutefois en a vu d’autres Il est né sur terre il y a cinquante millions d’années et sous sa forme actuelle marque sept cent mille ans au compteur

En grande difficulté il met les voiles vers le nord ou prend un peu d’altitude pour s’adapter et se modifier

Et pour le reste pour les humains d’aujourd’hui impossible de savoir la suite Mais ils auraient intérêt à tout faire pour ne pas que s’amplifie ce grand trou dans la forêt des hêtres suprêmes où tant de menaces s’allient à tant de promesses de persister

sources Le Monde 13 juin 2023

LA POÉSIE DE « LE MONDE » N’EST PAS LE MONDE DE LA POÉSIE

collage pour Denis Cosnard chroniqueur au Monde des Livres

avec l’œil de Brugeilles les hypnographies et la rage de Dorio

79 LE MONDE DÉLIVRE Je vous supplie pour signal de mon affection envers vous, vouloir être successeur de ma Bibliothèque et de mes livres que je vous donne…dernières paroles de La Boétie à son ami Montaigne Le monde ivre nous délivre des livres, J’ai recopié jadis la formule, dans un abécédaire quelque peu délirant, à l’encre noire de Chine sur un papier bleu d’Iran. Il y avait dans ce livre ivre de livres de nombreux errata. Ça ne pouvait rater de la part d’un jeune homme enivré de lettres retorses. Par exemple il fallait lire la première ligne du texte présent ainsi : le monde souffle et souffre. C’est d’une autre inspiration, j’en conviens, et même d’une portée nouvelle. Mais l’on pourrait imaginer un long article pour montrer que, l’un dans l’autre, le monde nous délivre des livres jusqu’à notre dernier souffle. nb J’ai emprunté le titre au blog du monde.fr de Joël Bécam, du temps où Le Monde était ouvert aux blogs. Un jour il les a tous supprimés, dont ma « poésie mode d’emploi » qui avait 20 ans d’âge, mais personne n’a protesté devant cet autodafé. 79° fragment d’une écriture de mille et une pièces sous forme d’un puzzle d’une vie marquée par l’inachèvement. En cours d’écriture, ce livre succèdera à

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

DANS LA FORÊT DES MOTS

Du deux au onze juin de l’an deux mille vingt trois
J’ai marché chaque nuit dans la forêt des mots
A l’abri dans une chambre-cabane du quartier d’Hammersmith  
in London
Ce fut un grand plaisir de laisser ainsi pousser mes bois
comme des petits pois
Aujourd’hui dimanche je retourne en Provence avec mon carnet d’écriture 
dans l’avion de British Airways 
Il faudra de  retour au bercail
Éclaircir tout ça 
En souhaitant que les fumeurs invétérés 
et autres maniaques jouant avec les allumettes 
Ne mettent le feu à mes quelques arpents d’écriture 
Qui ont illuminé mon blog en aparté 
Avec ses petits  papiers
Qui ne font pas de fumée