L’ABSENTE

Pour ton anniversaire cette année

Il y a du nouveau

J’ai posé le bouquet rond

Sur ta tombe

Planté dans la mousse

Avec sa bulle d’eau

Nos filles étaient là

Notre aînée te disait :

-Tu vois mams

J’ai amené ton petit fils

Mon nouveau né

Il s’appelle Mathis

Et la cadette a ajouté :

-Tu sais j’ai fini d’écrire ma thèse

Un certain Fontaine m’a donné son titre :

La plume en l’absence

Une lettre à ma morte

Ma chère Jo

Je t’écris sans savoir où tu en es et ce que tu penses. Je t’ai perdue, souviens-toi, il y a sept ans. Je t’écris dans notre couche commune que j’ai désertée à de rares exceptions, essentiellement pour aller chez notre fille cadette à Paris puis à New York. Je t’écris sans trop savoir moi aussi où j’en suis et ce que je pense. Cependant, tu t’en doutes, je n’ai pas abandonné, j’ai continué mes instants créatifs à sauts et à gambades. Tu sais pour l’avoir intimement observé combien j’aime laisser toujours une place pour l’inattendu, le coup de raccroc, dixit Tristan Corbière, la chaise en grain de paille de Vincent qui espérait y asseoir la Beauté… Je t’écris, hasard objectif du calendrier, en cette nuit qui commence l’équinoxe d’automne 2021, ce 22 septembre où, chante Brassens, au diable vous partîtes…

Martigues 22 septembre 2021

RACONTER SA VIE

RACONTER SA VIE est un leurre pour lecteurs naïfs mais on peut laisser ses traces de divers moments vécus au cours d’une vie ou plutôt de plusieurs vies qui passent en nous :

récits en prose, mémoires, oublis, autoportraits multiples, faits vérifiables ou imaginaires, journaux intimes authentiques ou peu fiables, paroles rapportées, chroniques liées à notre micro-histoire ou à l’Histoire avec sa grande H, enfin tout le fourbis et tous les pronoms dits personnels :

le je du presque moi, le tu du souviens-toi, l’il des îles vierges, l’elle des anamnèses,  le nous brisant le cogito, le vous à qui je voue ce je ne sais quoi et les elles sans les ils de nos demoiselles…

     

résonances de Maria Dolores Cano

RACONTER SA VIE est un leurre pour lecteurs naïfs

mais on peut laisser ses traces de divers moments vécus au cours d’une vie

ou plutôt de plusieurs vies qui passent en nous :

récits en prose,

mémoires, oublis,

autoportraits multiples,

 faits vérifiables ou imaginaires,

journaux intimes authentiques ou peu fiables,

 paroles rapportées,

chroniques liées à notre micro-histoire ou à l’Histoire avec sa grande H,

enfin tout le fourbis et tous les pronoms dits personnels :

 le je du presque moi,

le tu du souviens-toi,

l’il des îles vierges,

 l’elle des anamnèses,

 le nous brisant le cogito,

 le vous à qui je voue ce je ne sais quoi

et les elles sans les ils de nos chères demoiselles…

HIER AUJOURD’HUI DEMAIN courriel 48

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

48

A.V. à C.A.

Les nuits sont longues aujourd’hui

Pourtant demain est déjà là

C’était quand hier ?

C.A. à A.V.

Hier encore

J’avais vingt ans

Je caressais le temps

Et jouais de la vie

Comme on joue de l’amour

Et je vivais la nuit

Sans compter sur mes jours

Qui fuyaient dans le temps

.

A.V. (7 janvier 1924-19 juin 2002)

Il prend des cours du soir et devient dessinateur industriel, métier qu’il exercera pendant vingt ans. Après un licenciement, il participe à la création du Collectionneur Français avant de devenir, en 1968, représentant en librairie jusque dans les années quatre-vingt.
Il publie ses souvenirs en 1990, un gros livre intitulé « C’était quand hier? » aux éditions Régine Deforges, et meurt à l’âge de 78 ans en 2002.

C.A. (22 mai 1924-10 octobre 2018) Le chanteur et acteur d’origine arménienne est mort lundi à 94 ans. En soixante-douze ans de carrière, il s’est imposé comme l’un des plus grands artistes du XXe siècle. (Hum)

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.
Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

DISPARITION X

Un certain Brassens

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Le jour de sa disparition, le 29 octobre 1981,  on pouvait lire sur le journal du soir

GEORGES BRASSENS L’ANARCHISTE DE CŒUR

Georges Brassens est mort vendredi 30 octobre dans une villa de la banlieue de Sète d’un cancer généralisé. Il était âgé de soixante ans. Ses obsèques ont eu lieu samedi matin 31 octobre, à 8 heures. Le corps du poète a été enseveli dans le caveau familial de l’ancien  » cimetière des pauvres  » à Sète après un bref éloge funèbre prononcé par l’abbé Barrès, un ami de la famille.

MILLE MOTS POUR LE DERNIER VOYAGE

 » Casser sa pipe « ,  » passer l’arme à gauche « ,  » manger les pissenlits par la racine « … Il est bien des façons de dire la mort. Derrière l’humour absurde de ce foisonnement d’expressions se cache le désir de narguer le destin par le jeu des mots. « 

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LES MILLE MORTS DE BRASSENS

 Pas besoin d’être Jérémie

 Pour d’viner le sort qui m’est promis

S’ils trouvent une corde à leur goût

 Ils me la passeront au cou

La mauvaise réputation

Ici-gît une feuille morte,

Ici finit mon testament…

 On a marqué dessus ma porte :

 « Fermé pour cause d’enterrement. »

 J’ai quitté la vie sans rancune,

J’aurai plus jamais mal aux dents :

Me v’là dans la fosse commune,

La fosse commune du temps.

Le testament

Chaque fois qu’je meurs fidèlement (bis)

 Fidèlement

Ils suivent mon enterrement

Mon enterrement

Au bois de mon cœur

Plutôt qu’d’avoir des obsèqu’s manquant de fioritur’s

J’aim’rais mieux, tout compte fait, m’passer de sépultur’

J’aim’rais mieux mourir dans l’eau, dans la feu, n’importe où,

Et même, à la grand’ rigueur, ne pas mourir du tout.

Les funérailles d’antan

Si c’est mon triste lot

De faire un trou dans l’eau,

Racontez à ma belle

Que je suis mort fidèle,

Et qu’ell’ daigne à son tour

Attendre quelques jours

Pour filer de nouvelles amours

Je rejoindrai ma belle

Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon

Pauvres grands disparus gisant au Panthéon

Pauvres cendres de conséquence

Vous envierez un peu l’éternel estivant

Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant

Qui passe sa mort en vacances

Supplique pour être enterré à la plage de Sète

Pas jaloux pour un sou des morts des hécatombes

J’espère être assez grand pour m’en aller tout seul

Je ne veux pas qu’on m’aide à descendre à la tombe

Je partage n’importe quoi, pas mon linceul

Le pluriel

Je mourrai pas à Montfaucon

Mais dans un lit, comme un vrai con

 Je mourrai, pas même pendard

 Avec cinq siècles de retard

Ma dernière parole soit Quelques vers de Maître François

Et que j’emporte entre les dents

 Un flocon des neiges d’antan

Le moyenâgeux

Et si jamais au cimetière

Un de ces quatre, on porte en terre

Me ressemblant à s’y tromper

Un genre de macchabée

N’allez pas noyer le souffleur

En lâchant la bonde à vos pleurs

Ce sera rien que comédie

Rien que fausse sortie

Trompe la mort

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Si vous n’avez pas cinq minutes à perdre, ne lisez pas la suite. Si votre esprit n’a pas l’habitude de battre la campagne, passez votre chemin. Si votre cœur est incapable d’offrir un myosotis à une fille, n’écoutez pas Brassens. Mais si vous aimez les mots chantés à voix profonde et douce, et comme Anne Sylvestre, « les gens qui doutent », Vous êtes les bienvenus sur un rythme de Django, diablement manouche, avant qu’un peu de terre n’emplisse votre bouche.

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 De Cette à Sète

Le petite presqu’île

Où jadis bien tranquille

 Moi je suis né natif,

Soit dit sans couillonnade

Avait le nom d’un ad-

jectif démonstratif

Moi, personnellement,

 Que je meur’ si je mens,

Ça m’étais bien égal ;

 J’étais pas chatouillé,

J’étais pas humilié

Dans mon honneur local.

Mais, voyant l’infamie

Dans cette homonymie,

Des bougres s’en sont plaints

Tellement que bientôt

 On a changé l’ortho-

Graph’ du pat’lin

Jeanne Martin (chanson posthume)

L’ÂME TOMBÉE DES RÊVES

À moitié dormant

Je feuillette mon cerveau

Où nichent les images inscrites sur le livre du jour

Aucune particulière à en détacher

Si ce n’est celle d’un écrivain

Qui fit de ses rêves matière

Et pour le reste j’entends le vent de la nuit qui se lève

J’imagine qu’il souffle pour quelque pauvre âme tombée ce jour-ci

Peut-être dans mon village natal de l’Ariège

Où dans un champ de l’Amérique du Sud …

À côté de l’âme défunte

Je vois son cheval qui continue de paître

Comme si de rien n’était