EL HACEDOR

y de algún modo será justo afirmar que yo le he traído este libro y que usted lo ha aceptado
Borges

El Hacedor

Faiseur
Mot de poète
Qui fit Eloge de la Sombre
Du Chiffre
Et du Livre

Qui se perd et renaît
Dans l’Arène du Temps


Il s’appelait Jorge
Georgie à la maison


Les Tigres le poursuivaient
En des rêves d’or
Et des sentiers qui bifurquaient


Histoires d’Infamie
Et d’Eternité
Du côté de l’Aleph
Et autres inventions verbales
Comme le ciel l’enfer
Ou le miroir de Borges
Qui reflétait
Une ombre blanche


JJ Dorio 2 Janvier 2002

tableau de José Bonomi édition d’octobre 1967

JE ME SOUVIENS DE MON ÉCOLE

Je me souviens de mon école

Je me souviens des dictées à coups de règles sur les doigts ou les têtes

Je me souviens des doigts mordus pour ne pas prendre le fou rire

Je me souviens de la règle de trois

Je me souviens du dessous obscur de l’escalier : réserve de bois et cachot pour écoliers récalcitrants

Je me souviens du jeu de barre

Je me souviens des tabliers noirs des garçons et des tabliers fleuris des filles

Je me souviens des planches de bois brut et des trous pour encriers

Je me souviens des plumes sergent major

Je me souviens des pages quadrillées et du cahier Héraklès

Je me souviens de monsieur géraud de monsieur dinat de madame géraud de madame sert

Je me souviens du béret que l’on soulevait à leur passage

Je me souviens des cochonnailles et du vin nouveau que l’on apportait aux régents

Je me souviens de riri et de jojo

Je me souviens de bernadette et de marité

Je me souviens des leçons de choses

Je me souviens du poêle et des bûches qu’on apportait le matin pour le faire rougir

Je me souviens du silence et de l’attention portée aux apprentissages quotidiens

Je me souviens que la promesse d’un parcours hors de sa condition première n’a pas été trahie

Je me souviens de ma maison d'école

FLAMBÉE BAROQUE

FLAMBÉE BAROQUE

Baroque sérieux et parodique
J’ajoute ici ma part modique
Celle d’un pauvre extravagant
Foufou toctoc éternel errant


Dans son petit canton imparfait
Chaque matin il retire les cendres
(de la précédente journée)
Dresse une brassée de petit bois mort
Et met à jour ses flammes poémiques


Un peu de miel issue de cendres
Un amour follet traduit à mort (d’amor)
Et pensées plus légères que violons ailés



Le monde s’écrabouille, se trucide, se déchire et toi tu continues, ignoré de Balzac et des lecteurs futiles, à produire tes vers de mirliton, faisant tourner à qui mieux mieux ta toton, toupie d’un rituel d’oubli des sinistres réalités. Oui, mais, aussi, cependant, travailler la métaphore vive, ne pas admettre sa perte, persister dans ce chant baroque des piétinements, basse continue et oxymorons, au grand dam des écrabouilleurs en tout genre, des trucideurs, des faiseurs de guerres infâmes,
Coeur d’amour épris, écrit Matisse fatigué, finissant, en découpant ses papiers de couleur, oiseaux du jazz, signes en verve, manière pour quelques secondes précieuses de remédier aux maux du monde.


EN PLEINE NUIT MIDI

EN PLEINE NUIT MIDI

J’écris d’un coup de tête

Sorti du ventre de ma mère

En pleine nuit

Je dis oc

Ma langue d’origine

J’écris dans le sillage de Peire Vidal

Le nom porté par ma branche maternelle

Je forge ce poème maladroit

Mais vivant et têtu

Dans ce verbe trobar

Qui célébrait les Dames

et l’amour de Courtoisie

En pleine nuit midi

Ses douze coups

Qui vibrent dans la tête

D’un troubadour perdu

.

Pas de trône – ce pose-cul des rimeurs d’antan – pas de chaises à porteur
– pour les prélats les soldats et le roi des cons – mais la chaise de Vincent
et la fleur inverse du troubadour Raimbaut pas de bois mort dont on fait les croix et les cercueils et pas de lettres mortes dont on fait les bibles et les abolis bibelots mais la sève des ronciers le bleu des chardons et le rire non-rire de Buster Keaton pas de chant sacré sans la clef donnée à qui veut bien chercher
à la saisir pour en jouer et déjouer le trobar clus des troubadours d’hier et de maintenant maintenant la ferveur subversive du chant

JE M’APERÇOIS QUE J’AI PERDU MA CARTE D’IDENTITÉ

JE M’APERÇOIS QUE J’AI PERDU MA CARTE D’IDENTITÉ

Je m’aperçois que j’ai perdu mes pas dans les Belles Contrées des Lettres imprimées

Je m’aperçois que j’ai perdu ma tête dans le détachement de soi

Je m’aperçois –à bien y réfléchir- que l’envers vaut bien l’endroit que l’absurde peut faire rire –le masque de Carnaval- ou pleurer –le masque du Quotidien-

Je m’aperçois que peut-être je vais rater cette suite d’aperçus

Je m’aperçois que le tango est à Carlos Gardel ce que l’éthique est à Baruch Spinoza –longtemps longtemps après que le chanteur et le philosophe aient disparu ils continuent à s’améliorer à mieux proférer la letra à mieux établir le partage des eaux de tristesse et de joie

Je m’aperçois que je tire à hue et à dia –un des mots fleuris que prononcent les Tarbais et les Tarbaises- moi qui serai plutôt pour

Je m’aperçois que je passe souvent entre Charybde et Scylla entre la fiancée de l’aube et la professeur de Lettres – de quelles foutues lettres peut-il donc être question ?

Je m’aperçois que je n’ai été ni excommunié comme hérétique ni exilé ni le manteau traversé par le couteau fanatique

Je m’aperçois que –tal vez– à mon âge je n’aurai plus rien à prouver et que je m’endormirai dans les bras de la gloire si je m’étais appelé d’un nom qui s’affiche dans les bonnes librairies –qu’affiche-t-on donc dans les mauvaises ?

Je m’aperçois que mon radeau prend délicieusement l’eau

Je m’aperçois enfin –et peut-être un peu tard- que je me désintéresse de mon identité de ma tête et du petit lombric*  qui se débat et se tord croyant jusqu’au bout et en conscience éviter le coup de bêche fatal

* la lecture de Norge sur ce sympathique annélide est obligatoire

Et aussi :

Un monde sans poésie est un monde qui démissionne. Le monde meurt
d’impoésie. Ici s’affirme le refus d’être emporté comme une épave sur les houles
des âges, une fidélité aux bêtes et aux gens, ici un héritage, une fortune qu’il
s’agit d’assumer et d’accroître. Et que l’insupportable
« creux-néant-musicien »
soit comblé par notre jouvence exultante.

Géo Norge