DISPARITIONS

"L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du "disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION VIII
Monsieur Jean

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Disparitions du 27 janvier 1995, signalées sur le journal du soir

GIULIO TURCATO
Le peintre italien Giulio Turcato est décédé dimanche 22 janvier, à l’âge de quatre-vingt-trois ans. Essentiellement connu pour son œuvre abstraite, il avait cependant été l’un des protagonistes majeurs du débat esthétique italien au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

MARIO PAYERAS
Mario Payeras, l’un des idéologues de la guérilla guatémaltèque, est décédé le 16 janvier à Mexico, d’une crise cardiaque, à l’âge de cinquante-quatre ans.

MAX  HUGGLER
Nous apprenons le décès de Max Huggler, à Berlin, le 25 novembre dernier, à l’âge de quatre-vingt-douze ans. Né à Berne en 1903, il avait lié son nom à la connaissance et à la défense de l’art du XX
siècle en Suisse.

JOHN  HALAS
John Halas, cinéaste d’animation britannique d’origine hongroise, est mort vendredi 20 janvier à Londres. Il était âgé de quatre-vingt-deux ans.

LA MORT DU POÈTE ET DRAMATURGE JEAN TARDIEU
Hospitalisé depuis plusieurs jours à Créteil, « Monsieur Jean » est mort vendredi 27 janvier, à l’âge de quatre-vingt-onze ans. Jeux du langage et de l’identité, humour et inquiétude existentielle furent au cœur de son œuvre.


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LES POÈTES

S’il est vrai que les poètes (je n’aime pas le mot à cause de cette diphtongue : l’o et l’e — c’est le mélange de l’eau et du lait, c’est fade et bucolique !) ne pensent que par images (je me méfie des images et je n’en use qu’avec parcimonie), on trouvera dans les pages qui suivent différentes références à ces métaphores provisoires : à cet en-deçà et cet au-delà du Sens, à ce sens, à ce non-sens et à cet anti-sens, figures déplaçables d’un échiquier et non pas jalons d’un discours dogmatique qui n’est pas dans mes cordes.


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Cette blanche nuit si ténébreuse
Et ce chant comme un champ fané
Que râtellent mes père et mère

Cette noire nuit si lumineuse
Où l’on navigue, ô gué, matelot,
Nos musiques dans des mots
Où les uns se prennent
Pour les autres

Pendant tout le début du Corsaire
Je n’ai fait que nicher des moulins
Courir chez le ludion ou chez le tabouret


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Toute ma vie est marquée par l’image de ces fleuves, cachés ou perdus au pied des montagnes.
Comme eux, l’aspect des choses, pour moi, plonge et se joue entre la présence et l’absence.
Tout ce que je touche a sa moitié de pierre et sa moitié d’écume.


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À la fin de l’été 2025, j’ai mis en musique et repris sous forme de chanson Conversation : Comment ça va sur la terre, et Rengaine pour piano mécanique : Dépêche-toi de rire, il en est encore temps.
L’enregistrement s’est réalisé au studio du Petit Mas, à Martigues : guitare et voix, Jean-Jacques Dorio ; sons additionnels, Philippe Bruguière.
50 cd furent gravés et distribués gracieusement.


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Un mot pour un autre
Tardieu pour Michaux

Sur ce fleuve d’encre
Face à ce qui se dérobe
Brille le sel étincelant des choses

Une voix sans personne
La voie de Monsieur Jean
Et celle de Pessoa

Voyageurs libérés de l’identité
Du mortel cogito
Au fond du sombre azur
Bienheureux naufragés

OBOLE

Mot premier

Cette nuit

Sur la page

Obole

Obole

D’une parole

Qui entretient

La petite flamme

Du for intérieur

.

Obole

Mot dernier

Viatique

Un peu d’or

Entre les lèvres

De ceux qui ont été

Et qui dorment

Désormais

Pour l’éternité

Illustration de cet article par Maria Dolores Cano

Photo prise sur l’une des portes de la Sagrada Familia

ENTRE LA MOQUERIE ET LE RIRE courriel 34

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

34

E. à S.

Mon écrivain à moi, avec quel bonheur il divague ! livrant à l’écriture sans qu’il ait à veiller, tout ce qui lui passe par la tête, tout ce qui vient sous sa plume, même ses rêveries, sans autre petite dépense qu’un petit bout de papier, sachant bien plus niaises seront ses niaiseries, plus il sera applaudi du plus grand nombre, c’est-à-dire de tous les fous et ignorants. Car ce n’est pas une affaire si trois sages le méprisent, si tant qu’ils l’aient lu !

S. à E.

Entre la moquerie et le rire, je fais une grande différence. Car le rire, comme aussi la plaisanterie, est une pure joie, et, par conséquent, pourvu qu’il soit sans excès, il est bon par lui-même. Et ce n’est certes qu’une sauvage et triste superstition qui interdit de prendre des plaisirs. Car, en quoi convient-il mieux d’apaiser la faim et la soif que de chasser la mélancolie ?

E. l’humaniste par excellence faisant malicieusement l’éloge de la folie

S. le philosophe par excellence : la joie est le signe que nous persévérons en notre être