J’ai beau les retenir les mots m’échappent
Je connais leur danger leur manque de réalité
Mais je suis dans l’arène le taureau est lâché
Je le cite je l’incite à passer à côté
Mais rien n'y fait
J’ai beau les retenir les mots m’échappent
Vaniteux mesquins égocentriques
Intrigants facétieux – Passez au large
leur dis-je Laissez-moi à ma guise robinsonner
Mais ils ne m’écoutent pas
Ils s’écoulent sans cesse
Fleuves intranquilles Pierrots lunaires
Fils d’Ariane emmêlés
Sur mes cahiers raturés
Ils passent d’un lieu à l’autre
D’un livre terminé à un livre recommencé
Jusqu’au jour –cette nuit – où les mots enfin m’abandonnent :
Y con eso quedo dicho todo
Voilà…tout est dit !
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MON ART
Il court sur le papier à la poursuite des cris aigus des martinets
Il sonne sur le clavier plus ou moins tempéré
Il projette sur la toile blanche ses hypnographies
Tel un art de surface
Un livre de sable imité de Borges
Un art de moquerie
Une Joconde ondoyant du derrière
Un art d’apparitions
La robe de chambre de Mme Swann et ses flacons de sel
Un art de paradoxes
Le papillon qui rêve de Tchouang Tseu (ou l’inverse)
L’art d’une barque que l’on tire dans le clair matin
Chaque ligne l’étonnement
LA PETIT PEUPLE DES POÈTES
Votre petit peuple est perdu
J'ai le cœur triste et éperdu
Tant suis battue et tourmentée
Jean Molinet
Mon nom n'est pas chez les libraires
Ni sur la table des écoliers
Il n'a aucune raison d'y être
Connaissez-vous Jean Molinet ?
Arnoul Greban Merlin de Saint-Gelais
Catherine d'Amboise Pernette de Guillet
Et tous ces Anonymes qui chantèrent Beauté
Laideur Joie et toutes nos Souffrances
Toutes ressources du petit peuple
Criant pour ces enfants de famine oppressés
Ou bien mettant en scène Satan
Roi de l'infernal abîme
C'est grand plaisir cinq siècles après
De recopier leur vers
Mélangeant sens et non-sens
Contraintes et libres rimes
Et quand vient notre ligne ultime
On redevient cet écolier
Qui écorchait le chant du cygne
Le chant est plus beau que jamais
(À sauts et à gambades)
Encres Vives 2010

PURA VIDA
Pleine de rêves réalité
Worn out by dreams
Narciso trazando figuras de playa
.
Une drogue tranquille
Sur la page sibylle
Ou bien l’ardoise
Où crisse la craie
.
Afuera
Silabas emigrantes
Babel babélisante
As word on word
.
Appear your names
Le lucci delle tue voci
Ces lignes méandre
Lardées de banderilles
.
Pop-poet
Pouet-pouet
Arborescent
La espiral se despliega
Y al desdecirse
Se dice
Pura vida !

SUR L’ÉCRAN NOIR DE NOS SMARTPHONES
sur l’écran noir de nos smartphones…
où l’on écrit
pour les Enfants
les Raffinés
et madame Puérilité
pour Baudelaire
pour Rimbaud
et pour monsieur
Victor Hugo
pour l’adolescence clémentine
de Clément Marot
et pour Louise Labé
pour nos petits poèmes
nés chaque nuit
comme présents discrets
et qui une fois
postés
se rangent
alphabétiquement
sur le nuage
de mots
pour fêter une naissance
le plus beau moment
de nos vies de mortels
pour cette plage d’écriture
posée sur l’écran
et qui s’affiche
blanc sur noir
sur le site
poésie mode d’emploi
comme un pur poème
dont chaque lecteur
doit trouver
(s’il le désire)
son mode d’emploi