UN POÈME

Un poème une nuit transfigurée neige sur la page

Un poème écrit sous les pavés la plage

Un poème d’où bondissent trois tristes tigres

Un poème qui hésite entre sens et son

Un poème qui se moque de la poésie et de ses définitions

Un poème présent des muses et des ruses de sa micro-histoire

Un poème couché par écrit avant que le dernier poète n’ait disparu

Et quand personne ne lira mes poèmes ?

DISPARITIONS

"L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du "disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION

VII

Jacques Prévert

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 L’ENFANT DU PARADIS

 La beauté s’appelle plurielle

 Insoumis

Un sou mis Dans la fente du miroir brisé de l’enfance

 On ne récupère pas ce démon là et ses merveilles qui ne font pas de quartier

avec les militaires les présidents des dîners de têtes et les curaillons

Insoumis

Un sou mis Dans la fente De l’amour

Qui court après son soleil et son fleuve

 Qui ne fut pas d’Amour mais de Seine

À Paris dessous le Pont Neuf

Quand le vent du dernier jour

Achevant la romance

Éteignit sa bougie

 Il était une fois Prévert

Il était une fois sa poésie

Il n’y a pas de point initial Alors pourquoi un point final ?

LE DON ET LA DÉDICACE courriel 22

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique « bibliothèque de Babel.« 

Et, naturellement, qu’un lecteur inspiré ajoute un troisième courriel aux deux présents serait, pour l’auteur de cette petite série, inespéré.

22

Dédicace : on la définit comme une sorte de don, de présent, mais tout cadeau véritable est réciproque. Celui qui donne ne se prive pas de ce qu’il donne. Donner et recevoir sont une même chose.

J.L B. à A.C.

Le don n’est pas gratuit, mais il y entre une dimension ou une part de gratuité, ne serait-ce que sous la forme de jeu entre le « donner », le « recevoir » et le « rendre ».

A.C. à JL. B.

J.L.B ou le chemin des sentiers qui bifurquent

A.C. ou l’extension du domaine du don

UN ENFANT

Je fus enfant

Fan d’un enfant

Aux mille jeux

Et aux mille gaietés

.

Dorénavant

Je fais l’enfant

Avec mes petits-enfants

Trois fifilles

Et deux garçonnets

À qui je dis :

Les gars sonnez !

.

Je suis  l’enfant

Effervescent

Jouant des mots

Et des rimes

Équivoquées

Je suis l’enfant

Aux cheveux blancs

Et aux poèmes

Humoureux

Maurice Denis

Les devoirs de vacances

1906

DISPARITIONS

"L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du "disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION

VI

L’AUTRE GEORGES.P.

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SEUL. Se sentir seul et apprendre de sa solitude à décliner ses modes. Commencer, par exemple, après une période de vie en commun, à mieux respirer. J’ai été long à me trouver à l’aise que seul. Mais c’est seul que je respire le mieux. Pas très bien. La solitude est difficile. Mais les hommes instituaient in climat mauvais pour ma santé. Seul. Ne plus être sollicité par la vie domestique, dès les aurores, et reprendre dans son lit au réveil ses notes de lectures, découvrir des nouveautés, à jeun, laissant revenir la fringale de ses Papiers collés. Faiseur de notes invétérées, sur quelle marge puis-je les prendre, sur celle de l’immense livre ouvert qu’est la vie. Et qu’est cette vie, sinon le texte de l’Autre, follement sollicité.

37

Le jour de sa disparition, le 7 février 2017, on pouvait lire sur le journal du soir :

LA CÉLÉBRATION DE LA VIE ORDINAIRE

 Nous apprenons la mort de l’écrivain Georges Perros, survenue le 24 janvier à l’hôpital Laennec à Paris. Il était âgé de cinquante-cinq ans.

LES GENS DÉRAISONNABLES SONT EN VOIE DE DISPARITION  de Peter Handke

FAULKNER À LA PLÉÏADE

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 Si écrire -au sens large- n’est pas un moment privilégié de notre existence, mieux vaut en rire.

Écrire ce qui vaut la peine de vivre et ce qui n’en vaut pas la peine.

Quelquefois on trouve la page trop blanche

On hésite sur ce qu’il faut lui écrire pour ne pas la froisser

Puis on se lance

Comme un enfant saute à Marelle

Dans les cases tracées à la craie

Sur le pavé

Tournant le dos au Poëte timoré

Hanté par le vierge vivace

Et le bel aujourd’hui

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Ce qu’est un homme dans sa vie

M’importe peu

C’est son envie

D’être autre chose qui m’excite.

Nullement question de rester fidèle à soi-même.

Fidèle à soi-même, c’est fidèle à son futur, non à son passé.

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 Ce qu’il cherchait en écrivant c’était « un léger décollement du discours perpétuel, du ressassement. » Ainsi, une volée de petits vers, une suite de « notes », de lignes qui, avant d’être présentes sur la page, s’ignoraient, lui a fait écrire deux mois durant (et sans rature) Une vie ordinaire, roman-poème en milliers d’octosyllabes. J’écris tout cela comme si J’allais mourir demain et sonne L’heure de ne plus voir personne

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Avant de mourir laryngectomisé, Georges P. a écrit L’ardoise magique. « Je fais le ménage dans ma turne. Si je claque, qu’on ne trouve pas certains cahiers remplis de conneries. Je me laisse manipuler par le chirurgien comme si j’étais un sac. Obsession du sac. Être un sac. Perte absolue de toute personnalité. Le vers qui me revient le plus souvent : « Quand notre cœur a fait une fois sa vendange. » (« D’où vous vient disiez-vous cette tristesse étrange Montant comme la mer sur le roc noir et nu ? Quand notre cœur a fait une fois sa vendange Vivre est un mal, c’est un secret de tous connu. » Semper eadem Baudelaire « Les Fleurs du Mal »

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Chaque vingt-quatre heures, nous les laissés pour solde de tout compte, à l’écart des grandes villes et des petites bandes d’écrivains encensés, nous avons quelques instants d’écriture.

Des notes, des fragments, et quelquefois, quand nous y consacrons beaucoup plus de temps, des « poèmes ».

Nous notons des silences (comme les musiciens), nous poursuivons l’écriture apprise à notre école primaire à l’aide de notre main à plume (en l’absence de tout « réel » correspondant), ou bien nous prolongeons un premier vers « venu des dieux ».

Dirai-je assez que c’est tout seul Que je me trouve en mon assiette ? Dirai-je assez que sans les autres Je me trouverai sans armure Seul ou avec les autres ? Je ne sais pas je le murmure.