POUR APAISER VOS MAUX FAITES LIGNES DE MOTS

manuscrit
09/04/2020
il est cinq heures
Poème fait joujou
Avec la tendinite
Qui la nuit se réveille
Et agite sa serpette
(la suite dans un instant
mais lisez le brouillon
en attendant)




Poème fait joujou

Avec la tendinite

Qui la nuit se réveille

Et agite sa serpette





Pour mater la douleur

On s’invente des formes

Stylo entre les doigts

On creuse son chemin

Une ligne chasse l’autre

Et le sous-épineux

Va déjà un peu mieux





Comme il faut faire durer

Autant que faire se peut

son exercice

On lit au lit aussi

Quelques vers insolites

De confrères de consœurs

Passé.e.s depuis belle lurette

De  l’autre côté de la page





Une dernière strophe

Douleur s’est apaisée

On regarde sa montre

Il est cinq heures

Paris s’éveille





On finit là sa veille

On range son papier

LA COMPLAINTE DU CORONA





Depuis qu’il y a le corona

Y a plus d’problèmes de circulation

pour les ouatures

Mais pour le virus c’est une autre paire

de masques





Depuis qu’il y a le corona

Y a plus personne dans les musées

Pauvre Joconde ça la déprime





Depuis qu’il y a le corona

Y a plein d’docteurs à la télé

Mais la télé elle guérit pas





Depuis qu’il y a le corona

Y a plus de matchs et plus d’joueurs

Qui font des signes vers le ciel





Depuis qu’il y a le corona

Les sites de rencontres sont fermés

Vu qu’on peut plus se bisouter





Depuis qu’il y a le corona

Paraît qu’les livres sont à nouveau de sortie

La peste L’amour au temps du choléra

et Astérix





Depuis qu’il y a le corona

On a découronné la reine d’Angleterre

Et le roi célébré par Brassens





Depuis qu’il y a le corona

Y a plus personne dans les églises

Mais à défaut d’hosties

On peut toujours manger du curé





Depuis qu’il y a le corona

Le veau d’or se fait du souci

Et pour les banquiers

C’est la bourse ou la mort





Depuis qu’il y a le corona

Le printemps des poètes c’est fini

Rdv en automne pour les violons

Des sanglots longs





Depuis qu’il y a le corona

Je reste au lit je broie du noir
Ça soutient paraît-il

Les petits planteurs de Colombie





Corona par là Corona par ci

Quand il sera plus là

Qu’est-ce qu’on va devenir ?


	

BRINS D’OISIVETÉ





« On n’est jamais poète, ni lecteur de poèmes, sans un brin d’oisiveté »

Paul Eluard





Oiseau oisif picorant Serena

« Sirène que mer hante

Dans la tempête chante »

Un vers d’une anthologie

qu’Eluard composa





En le récrivant ainsi

IX siècles bien après

Voilà Sirène femme-poisson

Reprenant sens et son





Brassens qui avait des lettres

La mit dans sa Supplique

Chantant dans la tempête

Pour que sur la Corniche

Son corps fut enterré





Philippe de Thaun

Poète médiéval

File la métaphore

Moins badin plus sérieux





C’est que à cette époque

Fallait à la fin des fins

Tirer tout vers Dieu

Sirène était la diable





Le poème dès lors

Se finit aujourd’hui

Pour nous les mécréants

En queue de poisson





Fallait oser l’écrire

MON PETIT-FILS ET LE CORONA





Mon petit-fils veut s’amuser

JJ i m’dit on cache-cache ?

On fait bagarre ? On joue au foute ?

Mon petit-fils veut que l’on fasse

Combat du rire nez à nez





Mais je peux pas papy est vieux

I veut pas attraper l’corona





Alors on joue par écrans interposés

On fait les pitres

On imite les singes et les oiseaux

Chant de la pie Roupie de sansonnet





À la guerre comme à la guerre

Mais on se languit que revienne la paix

ELLE S’EN FOUT LA MORT





Elle s’en fout la mort

De toutes vos prières

Surtout si vous y croyez





Elle s’en fiche bien vrai

De tous vos gestes en l’air

Comme si le ciel existait





Elle s’en moque la gueuse

De toutes vos insultes

Et de l’humour du condamné





Alors ami.e.s faut l’ignorer

Nonchalant d’elle

Elle viendra ? C’est son affaire

La nôtre c’est de vivre

Et pas à moitié !





italiques Michel de Montaigne