QUEVEDO

Je profite de la petite pluie de ce 20 août pour, loin des plages redondantes, voler quelques images fortuites à Quevedo

Trois sonnets dans la langue mère

Las de la carrière des ans passés

Vaincue par l’âge mon épée

Bref rien qui ne fut recuerdo

De la muerte la mort la mort

Toujours recommencée

.

Mais au-delà il y a l’amour

Cette mémoire d’un corps ardent

La nage d’une flamme

Dans l’eau glacée

Nadar sabe mi llama la agua fria

.

Tout les amoureux de poésie

Devraient connaître ces desux derniers vers :

( esprit, veines, moelle) deviendront cendres

Poudre seront mais poudre empreinte

d’amour

Polvo seràn mas polvo enamorado

CONTRE LES MAUX

Contre les maux

Je joue les mots

Les mots lyriques

Les mots épiques

Je joue les mots

D’une nouvelle rhétorique

.

Contre les maux

Je joue les mots

Cris du Tambour

Qui brisent les verres

Vers de Rambour

Mon ami poète

.

Contre les mots

Et les souffrances

Je joue les sons

De délivrance

J’enfourche Dada

Et ses images

Les mots d’Alice

Et le non-sense

.

Contre les mots convenus

De la tribu

Je joue les mots

D’un Art poétique

dit Verlaine l’indécis

Au précis se joint

.

Là où s’arrêtent les maux

Commence la musique

Des mots

La colombe de la paix

Et les jets d’eau

Des fêtes du langage

Lents gages

De bibelots abolis

Et de cadavres exquis

Danse joyeuse de la  Poésie

CINQ MINUTES À PERDRE

Si vous n’avez pas cinq minutes à perdre, ne lisez pas la suite.

Si votre esprit n’a pas l’habitude de battre la campagne, passez votre chemin.

Si votre cœur est incapable d’offrir un myosotis à une fille, n’écoutez pas Brassens.

Mais si vous aimez les mots chantés à voix profonde et douce, et comme Anne Sylvestre, les gens qui doutent,

Vous êtes les bienvenus sur un rythme de Django, diablement manouche, avant qu’un peu de terre n’emplisse votre bouche.

L’ENFANCE DE L’ART

Je flotte, avant de fermer les yeux pour m’endormir, 

vers un asile sans frontières,

en parcourant des yeux des poèmes définitivement perdus

Je les lis pour qu’ils me lient à leurs métamorphoses

Ainsi ce chemin mouvant qui va l’amble

Ou bien une enfant brune qui mange un réglisse

C’est l’enfance de l’art de l’ancienne rhétorique

C’est le train-train métaphorique

D’un veilleur qui coûte que coûte

Se tient en alerte devant

Sa fenêtre primitive

41° LIEU publié sur Encres Vives octobre 1997

2° version 

Je flotte, avant de fermer les yeux pour m’endormir,
vers un asile sans frontières,
en parcourant des yeux des poèmes définitivement perdus.


Amateur, c’est aimer
loin du monde et du bruit,
décliner l’espérance
d’une langue fléchissante et colorée.


Je les lis pour qu’ils me lient à leurs métamorphoses —
ainsi ce chemin mouvant qui va l’amble,
ou bien une enfant brune qui mange un réglisse :
l’enfance de l’art de l’ancienne rhétorique.


C’est aimer le rythme
et la vibration,
écrits sur la page d’un papier choisi
pour son grain, sa texture.


C’est le train-train métaphorique
d’un veilleur qui coûte que coûte
se tient en alerte devant
sa fenêtre primitive,
ouverte sur les murs du grand Mai
où les mots jouissifs s’obstinent —
et tout le reste est littérature.