L’âme est souffle, esprit.
–Esprit es-tu las
De chercher l’harmonie
Le rythme la musique
(avant toute chose) ?
–Pas de lassitude
Mais toujours l’étude
De ce quelque chose
Qui en moi déborde
Et m’incite tout bien pesé
À ne pas désespérer
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
L’âme est souffle, esprit.
–Esprit es-tu las
De chercher l’harmonie
Le rythme la musique
(avant toute chose) ?
–Pas de lassitude
Mais toujours l’étude
De ce quelque chose
Qui en moi déborde
Et m’incite tout bien pesé
À ne pas désespérer
Manière de rêves images qui viennent par petites séquences déconcertantes me visiter
Il y a une baleine montée dans le métro du Trocadéro
Il y a un marcassin qui vient heurter mon auto
Il y a la lune ronde qu’une éclipse de Terre réduit à un point zéro
Il y a un gros lézard qui sort d’une nouvelle de Julio Cortazar
Il y a beaucoup d’autres bêtes de songe qu’il ne m’est pas loisible de coucher sur le papier
Le rêve d’ailleurs vient de se terminer

MES PARTS DE RÊVES
Il y a peu de temps que je me suis endormi Je viens de rêver Vagues images sur lesquelles je suis incapable de mettre des mots Ils me font faux bond Mais je n’en ai aucune frustration Au contraire en attendant le prochain endormissement Je recopie sur mon carnet des nuits transfigurées : la vida es sueño « La vie est un songe » Que es la vida un frenesi una ilusión una sombra una ficción Frénésie illusion ombre fiction : « la vie est un rêve» Gérald de Nerval prend le contre-pied de Calderón : Le rêve est une seconde vie Non « le rêve sans rêveur » mais « le rêve de rêverie » provoqué, amplifié, excédé par ce loisir de plume où l’on n’a plus pour tâche que d’imaginer Imaginer cette part de rêve qui nous permet de mieux affronter la dure réalité de nos vies
Adieu au poème
Adieu toi que j’aime
Une fois dernière
Adieu à ta disparition
Adieu à ses lecteurs
disparus roulés dans
la farine des images
qui leur vident la tête
Adieu au don de soi
Donnant un nom
À toutes les choses
Qui ne font que passer
Adieu à l’art de trouver
Que sais-je À se sortir
des pièges d’un exilé
de l’intérieur
Adieu à la grande illusion
Adieu à l’assiette
Du rythme du monde
Du langage et du sujet
Adieu à la rêverie
À la chercherie
De l’espace du dedans
De la parole de l’arrière pays
Adieu basta ya
Tu as fait ton temps
Ça suffit
Vraiment ça suffit ?
Que c’est tentant une feuille blanche comme neige tant va la plume bleue noire rouge ou verte qu’elle s’y déploie « passe au travers » – expression mystérieuse je vous l’accorde suggérée par l’égyptien errer – plume nomade qui trace lignes listes inscriptions tant et tant qu’à la fin peut émerger une forme inédite surtout il est vrai si tout lecteur s’y met lui aussi toute lectrice s’y attèle prend à son tour la plume le calame le stylo bic et s’adonne au recopiage à la main tout en parlant à son papier et sans s’interdire quelques modifications, approximations : la chair des textes ainsi choyée doit être joyeuse et nos pages blanches féconder
Les poètes qui refusent de se vendre au marché de la poésie
Que l’on publia naguère dans quelques revues discrètement disparues
Les poètes dont on taira le nom ici
Hommes erratiques femmes farouches
Libres senteurs mantes irreligieuses
Ces poètes cette nuit envahissent mon espace vierge
Comme la page que l’on combat à corps perdu
Ils passent par milliers elles m’écrivent d’outre-tombe
Je leur fais part en retour de mes rêveries pacifiques devant l’océan du même nom
Depuis Valparaiso Val Paradis
Présent presente y para siempre *(pour l’éternité)
*qui trouvera l’allusion faite à l’enterrement d’un poète (de chair et d’os) gagnera mon premier recueil de poèmes publié en 1975 par P.J.Oswald (hors commerce désormais)
