UN POÈME SUR LA PERTE DIT PAR PAULINE DORIO

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pour le bout de l'an 2023

The art of losing / L'Art de perdre
Eliabeth Bishop 1911-1979)

Voix diction : Pauline Dorio 30/12/2023 22h

The art of losing isn’t hard to master;
so many things seem filled with the intent
to be lost that their loss is no disaster.

Lose something every day. Accept the fluster
of lost door keys, the hour badly spent.
The art of losing isn’t hard to master.

Then practice losing farther, losing faster:
places, and names, and where it was you meant
to travel. None of these will bring disaster.

I lost my mother’s watch. And look! my last, or
next-to-last, of three loved houses went.
The art of losing isn’t hard to master.

I lost two cities, lovely ones. And, vaster,
some realms I owned, two rivers, a continent.
I miss them, but it wasn’t a disaster.

—Even losing you (the joking voice, a gesture
I love) I shan’t have lied. It’s evident
the art of losing’s not too hard to master
though it may look like (Write it!) like disaster.

***

Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître,
tant de choses semblent si pleines d’envie
d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre
.

Perds chaque jour quelque chose. L’affolement de perdre
tes clés, accepte-le, et l’heure gâchée qui suit.
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

Puis entraîne-toi, va plus vite, il faut étendre
tes pertes : aux endroits, aux noms, au lieu où tu fis
le projet d’aller. Rien là qui soit un désastre.

J’ai perdu la montre de ma mère. La dernière
ou l’avant-dernière de trois maisons aimées : partie !
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

J’ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes,
des royaumes que j’avais, deux rivières, tout un pays.
Ils me manquent, mais il n’y eut pas là de désastre.

Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste
que j’aime) je n’aurai pas menti. A l’évidence, oui,
dans l’art de perdre il n’est pas trop dur d’être maître
même si il y a là comme (écris-le !) comme un désastre.

Elizabeth Bishop Géographie III

traduction Alix Cléo Roubaud, Linda Orr et Claude Moucharded

Circé 1991

DE NOËL 22 À NOËL 23

35 hypnographies

une page en exemplaire unique

c’est mon cadeau à l’enfant de nulle part

né ce dimanche de Noël 2022

40 hypnographies

Si on me demande de me présenter

ce jour de Noël 2023

je vais dire :

Vieux loup de mer

qui tient à distance ses pensées

en écrivant chinois

Jean Jacques Dorio

Pour les enfants

Et les ami.e.s

Qui ne sont pas né.e.s

De la dernière pluie

CENTON (31 à 35)

CENTON & MISCELLANÉES

EN COURS D’ÉCRITURE

CENTON Pièce faite de fragments d’étoffes rapiécés, si l’on veut. Ou bien l’étoffe se transforme en textes divers puisés dans nos livres et que l’on « colle » l’un après l’autre. Des ajoutages lit-on dans les notes accompagnant les paragraphes mis bout à bout, d’une œuvre qui n’en finit pas d’être rafistolée. 

J’invite lectrices et lecteurs au gré de leurs lectures d’apporter à leur tour leurs petites pièces, leurs petits bouquets de citations.

JJ Dorio Martigues 18 novembre…23 décembre 2023

31

Je suis déjà un peu parti, absent.

Faites comme si je n’étais pas là.

Ne me secouez pas.

Je suis plein de larmes.

32

Il faut dire les choses comme elles sont : la fonction de la littérature est, depuis toujours, d’exprimer, elle ne sait quoi,

sans savoir comment.

33

L’imagination n’est pas contrairement à l’étymologie, la faculté de former des images de la réalité.

Elle est la faculté de former des images qui dépassent la réalité,

qui chantent la réalité.

34

GLANES Chaque jour et la nuit par intermittence, je cueille ma poignée de glanes : citations (et récitations), récits de vie, mémoires des morts, étymologies des dictionnaires, phrases étirées des prosateurs ou condensées des poètes. Poignée de glanes, bouquet de bagatelles et de calamités, que m’offrent aussi les journaux qui rivalisent de titres « approximatifs », comme l’homme de Tzara (ex Dada), qui n’est pas le fragile marcheur de Giacometti, ni le coq déplumé lancé dans l’assemblée par Diogène le Cynique s’exclamant : -Voilà l’homme de Platon. (Diogène prenait ainsi au pied de la lettre la définition du maître de l’Académie : « l’homme est un animal bipède sans plumes ») Chaque nuit et le jour je libère cette énergie, antidote des modes et des « servitudes volontaires », pour redonner tout son prix à nos inestimables et vulnérables vies.

35

L’œuvre d’art se reconnaît à ceci qu’elle précède et ne suit jamais la théorie qui la fonde. C’est son génie et notre chance.

31 Henri Calet (3 mars 1904-14 juillet 1956) dernière note sur son carnet avant sa mort feu d’artifice !

32 Armand Hoog (17 décembre 1912-10 septembre 199)

33 Gaston Bachelard (27 juin 1884-16 octobre 1962)

34 Jean Jacques Dorio (24 mars 1945-…)

35 André Brincourt (8 novembre 1920-22 mars 2016)

36

Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple.

37

Si jamais je devenais célèbre personne ne le saurait.

CENTON 26 à 30

CENTON & MISCELLANÉES

(en cours d’écriture)

CENTON Pièce faite de fragments d’étoffes rapiécés, si l’on veut. Ou bien l’étoffe se transforme en textes divers puisés dans nos livres et que l’on « colle » l’un après l’autre. Des ajoutages lit-on dans les notes accompagnant les paragraphes mis bout à bout, d’une œuvre qui n’en finit pas d’être rafistolée. 

J’invite lectrices et lecteurs au gré de leurs lectures d’apporter à leur tour leurs petites pièces, leurs petits bouquets de citations.

JJ Dorio Martigues 18 novembre16 décembre 2023

les citations, greffes capricieuses en apparence, impriment une magnifique éloquence au discours : les citations résidus culturels, s’incorporent de façon prodigieuse dans la structure car, au lieu de s’ajouter tranquillement au reste du texte, elles font en sorte que tous les deux s’entrechoquent, prennent une puissance imprévue et se transforment en un nouveau chapitre du livre. Enrique Vila-Matas Paris no se acaba nunca Paris ne finit jamais

26

Avec quelque peu de bonne volonté, en tirant les mots au sort, dans un dictionnaire, et en comptant sur ses doigts le nombre de syllabes nécessaires pour former un vers, on a de grandes chances d’atteindre la perfection dans le genre et de devenir un très brillant poète décadent.

27

Écrire Écrire

Vivre en mots

Et en noir

Envers et contre tout

Tout contre

Jusqu’à la brûlure

28

En nous bruissent mille mots épars

Qui constellent tombent en trous noirs

Lent brûloir de braises d’histoires

De visages mouvants qui s’effacent

Nous laissant là sur l’ombre des traces

29

Domaine du calme. J’y étais alors.

Vraiment.

Non pas en passant, mais comme si à

la manière d’une partie d’assemblage,

j’avais été enclenché dedans.

Accru, nouveau, total.

Calme du fondamental.

Retour à la base.

L’Inutile enfin dissipé.

30

Ce que la hache désunit la braise le renoue, fibre à fibre.

Ainsi le feu tisse les paroles.

26 Léon Vanier (27 décembre 1847-11 septembre 1896)

27 Danielle Nabonne (29 octobre 1954-…)

28 Jacqueline Saint-Jean (1° avril 1938-… ) poème in Spered Gouez 29

29 Henri Michaux (24 mai 1899-19 octobre 1984)

30 Claude Brugeilles (22 mai 1944-… )