FRÈRE OCÉAN ET LA LITTÉRATURE courriel 88

COURRIELS

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

88

R.G à P.V.

Frère Océan. Je tiens là peut-être mon déclencheur. Il me faut maintenant trouver le roman, la seule chose qui compte. Tout le reste est littérature.

P.V. à R.G

Que ton vers soit la bonne aventure

Éparse au vent crispé du matin

Qui va fleurant la menthe et le thym…

Et tout le reste est littérature

.

R.G.(21 mai 1914-2 décembre 1980) Usant d’un pseudo il sera le seul à obtenir deux fois le prix Goncourt

P.V. (30 mars 1844-8 janvier 1896) Un poète inné qui connaissait toutes les ficelles du métier.

DISPARITIONS XVI

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

AVANT LIRE

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.


DISPARITION
XVI

Jules S.

107/113

107

J’aurai rêvé ma vie à l’instar des rivières

Vivant en même temps la source et l’océan

Sans pouvoir me fixer même un mince moment

Entre le mont, la plaine et les plages dernières

.

Suis-je ici, suis-je là? Mes rives coutumières

Changent de part et d’autre et me laissent errant.

Suis-je l’eau qui s’en va, le nageur descendant

Plein de trouble pour tout ce qu’il laissa derrière ?

.

Ou serais-je plutôt sans même le savoir

Celui qui dans la nuit n’a plus que la ressource

De chercher ‘ l’océan du côté de la source

Puisqu’elle est derrière lui le meilleur de l’espoir ?

J. S. Oublieuse mémoire  1949

OUBLIEUSE MÉMOIRE 81/85

…l’honnête témoignage de sa mémoire, un amoncellement de choses brisées, pacotilles miroitantes ou éteintes, désassemblées, et que nul ciment ou fil d’or ne relie.

Jean Vilar, Chronique romanesque.

81

Tu te souviens de Mimi peau d’chien

82

Tu te souviens d’Achille au pied léger

83

Tu te souviens d’Achille Zavatta

84

Tu te souviens de l’aboli bibelot d’inanité sonore

85

Tu te souviens de locus solus

MAI 68 ce commencement qui n’en finit pas

29/68

 DU COUP AVEC LES MUSES DE MAI qui ont quitté la scène depuis 68 On renaît par milliers dans la besace des commémorations décennales

On nous avait bien caché les ouvrières et les ouvriers On travaille à feu continu…nos ulcères fleurissent chante Colette Magny pour ceux et celles de la Rodia

Du coup on est tombé sur un o.s. qui en avait assez au premier chef des chefaillons

Du coup à force d’entendre Devos répéter son sketch à quand les vacances à Caen les vacances Ça a mis la puce à l’oreille des ouvriers spécialisés de quelques usines du Calvados

Du coup répétition générale anticipée entre crosses et grenades CRS face aux mutins caennais

Du coup et blessures après la répression-répression on entend une voix qui donne le titre au film de Chris Marker et qui annonce la couleur du cinéma effervescent de Mai :

 À BIENTÔT J’ESPÈRE