QUELQUES MOTS D’ARBRE

Quelques mots d’arbre :
la frondaison
le cœur la sève
la floraison

Quelques mots-souche :
racines et troncs
l’écorce
la défloraison

Quelques mots obscurs
Sur une page imprévisible
hana towa shirazu :
« impossible de savoir »

Impossible de savoir
S’il a cent ans mon arbre
Ou plutôt mille
S’il a connu les dieux
De la littérature
Les oiseaux confondant
Ramages et ramures

Quelques mots de l’arbre
D’un vieil enfant
De chair et d’encre

Quelques palabres
Greffées sur l’arbre 
Qui cache la forêt
De symboles flottant
Sous la brise d’un abécédaire
Incandescent













LE SANG DES CERISES

Pendant très longtemps
Je ne me suis saoulé de cerises
Que sur l’arbre perché

Les disputant aux oiseaux
Recrachant leurs noyaux
Et même, parfois, ivre
Du sang du cerisier,
Je m’y endormais
En rêvant d’une Belle
À qui je faisais deux pendants
Autour de ses fines oreilles

(je n’irai pas jusqu’à écrire
Que nous jouions à la marelle
Cerisiers roses et pommiers blancs)























LES FLEURS DE L’ART

Les fleurs de l’Art Belles éphémères Ou « absentes de tout bouquet »

SECRETS DE JARDINS

Forcément, chacun cultive son jardin ou le laisse à l’abandon. Ces derniers, outre les ronces, euphorbes ou matricaires, sont peuplés d’espèces venues des quatre coins de la planète Terre, le robinier faux acacia, le buddleia de David, la renouée du Japon. C’est une aubaine pour les oiseaux du ciel qui viennent y nicher au risque de se faire dévorer par les chats maraudeurs. Dans l’autre cas, celui du jardin cultivé, le jardinier remue ciel et terre pour que chaque fleur reçoive sa part de lumière, la noire comme l’irisée. Et ça donne les fleurs du mal du poète du Spleen, la fleur absente de tout bouquet du Symboliste, le bariolage des Baroques, le jardin imparfait de l’auteur des Essais, et celui de mon père, qui fut sa gloire et dont je cultive les Regrets.

COMME UN GUETTEUR MÉLANCOLIQUE J’OBSERVE LA NUIT ET LA MORT

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COMME UN GUETTEUR MÉLANCOLIQUE J’OBSERVE LA NUIT ET LA MORT

-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? –À la fin tu es las de ce monde ancien (n’oublie pas la diérèse de ce bel alexandrin « an-ci-in ».) Nous l’avons récité maintes fois et tu sais bien qu’il s’agit de Zone, le poème liminaire d’Alcools. Tu vois cette nuit j’ai replongé, corps et biens, dans l’œuvre multiple, spontanée et savante de ce diable de Guillaume le dernier empereur de la poésie française. (On enterra Apollinaire deux jours après l’Armistice du 11 novembre 1918, dans la rue tous ses proches et les anonymes qui accompagnaient Guillaume au père Lachaise entendirent comme un dernier trait surréaliste : « À mort Guillaume ! À mort l’Empereur !» c’est du kaiser qu’il s’agissait). Apo humain trop humain qui fit moultes jeux d’amour, sous toutes ses formes, sans oublier la mourre, jeu du nombre illusoire des doigts. Apo ou Gui, comme il signait parfois ses lettres à Lou, fit feu de tout bois, « chef d’un orchestre d’une étendue inouïe ». J’aime à dire que ce fut le dernier d’une longue lignée à qui l’on peut discerner sans rire le titre de « poète ».  Critique et inspirateur de l’art nouveau, des peintres cubistes, du naïf Rousseau et de l’art nègre que l’on dit aujourd’hui « premier ». Trois grands lys Trois grands lys sur ma tombe sans croix Trois grands lys poudrés d’or que le vent effarouche. Comme un guetteur mélancolique J’observe la nuit et la mort. Apollinaire