FILER LA MÉTAPHORE


Filer la métaphore, un filon,
Une veine creusée par un poète capricieux,
Quand d’autres se complaisent à leur guignon.

Filer la laine du temps défait
Sur le dos de nos bêtes disparues
Celles qui habitaient notre maison
Séparées de la cuisine
Par une mince cloison.

Filer Chronos,
Ce temps qui a filé
Un jour après l’autre,
Ses ans, ses décennies,
Son siècle bien pesé,
Ses animaux malades d’une peste transmise
En cette année deux mille vingt
À des humains
Qui n’en peuvent mais.

Mai mai mai
Au joli mai
Aurons-nous enfin
Guéri ?

CHAQUE PAGE BLANCHE M’EST INCERTITUDE


Chaque page blanche m’est incertitude,
Mais sans garantie aucune, je m’y lance
Pour pratiquer cette action insensée
De mesurer l’impact des mots qui vont s’écrire
Sur mes affects mes idées d’un instant,
Qui ne font que passer.

Au hasard d’une nécessité ?
Je ne sais…mais j’essaie
De la laisser se composer.

Page blanche, vierge et vivace en ses attraits,
Et puis perdue dans un vol trop heurté,
Ou, quelquefois dotée d’un charme mystérieux.

Celle-ci, comme bien d’autres, aura été, pour le moins,
Esquissée,
Transférant les incertitudes qui me nourrissent,
De la main au papier.

une autre manière singulière d’occuper l’espace d’une page blanche

PLUS RIEN À PERDRE

PLUS RIEN À PERDRE

Plus rien à perdre
(perdre la face
figure frimousse)

Dans ce petit val
qui mousse de rayons
Où s’oublie

Ivre de soleil
L’alouette
 la lauzeta des troubadours :


s’oblida
e laissa cazer
per la douçor
qu’al cor li va

Plus rien à perdre
Sur le chemin 
Qui touche à sa fin

Mais que l’on continue
Comme jamais
À fatiguer


Coudre et recoudre
Faufiler
Quelque part dans l’inachevé


avec Rimbaud, Ventadour et Rilke