DÉFENSE DES POÈTES

Armée que nul tyran ne commande

Qui joue du luth

Aime l’allure poétique

Petit cheval dans le mauvais temps

Allant à l’ amble

S’amuse d’un écart de langage

Sur le papier et dans ses marges

Amoureux que leurs vers transcendent

Dans les Andes ou à Samarcande

Dans la forêt de Brocéliande

Poètes

Souffrez qu’ici on vous défende

LA MALLE AUX COLIFICHETS

La malle aux colifichets

Bibelots abolis par Bouvard et Pécuchet

Le vol en suspens de l’émouchet

La musique de Sidney Bechet

Le coup d’état payé par la C.I.A.

Du sinistre général Pinochet

Paul-Augustin Caron de Beaumarchais

Auteur de La folle journée

Qui inclut Le mariage de Figaro

Figaro-ci Figaro-là

Et cette fantaisie qui d’un dernier coup d’archet

Donne une note finale à cette mélopée

FLEURS D’UNE ANTHOLOGIE ABSENTES DE TOUT BOUQUET MÉDIATIQUE

Je puise dans une anthologie de « poètes d’aujourd’hui »  C’était il y a cinq ans Alors que les livres de poésie sont pratiquement effacés de tout l’empire médiatique il y avait une palanquée de nos chers « poètes » (pas loin de cent) La plupart des poèmes étaient inédits Ils provenaient d’une demande pour le fameux « printemps des poètes » Je vous fais grâce du thème Quant aux poèmes voilà cinq extraits

Alors j’ai parlé à Pierre de Ronsard Je lui ai montré mes poèmes ça ne l’a pas convaincu Je lui ai lancé quand même au culot Est-ce que tu apprendras un ou deux de mes poèmes par cœur ? J’en connais tant des tiens

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Un poème qui remplit leur bouche qui illumine qui se mêle au vombrissement de la foule

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Ils vont à pied dans mon poème Ils marchent comme des lycéens Peut-être ils se tiennent par la main

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Le poème est un tombeau Pour ceux qui se sont aimés Le poème est une porte en bois noueux Où ceux qui s’aiment viennent frapper Quand ils ne retrouvent plus de sens À la réalité brutale des silences et des adieux

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Tu Fu est comme tout le monde par sa vie Comme personne par ses poèmes

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Pour le nom des auteurs aller sur commentaire

MOI QUI SUIS POÈTE

Moi qui suis poète

Tu lis ça dans ton lit

En moquant cette prétention

galéjade forfanterie

Il est vrai que le poète en question

s’en tient à une définition modeste

Il sait les lettres leur maniement

Ce qui  lui vaut (soit dit en passant)

la reconnaissance d’un Gallimard

peu enclin pourtant à publier

livres de poèmes bien alignés

Le poète en question allant quitter l’affaire   (il approche de la fin) fait à ce propos preuve d’humour témoin friable de son propre corps :

Ne vous méprenez pas je ne vous demande pas de croire en moi

C’est déjà bien que j’y croie moi-même

Ce sont croyances d’office qui me semblent déficientes

L’union précaire de moi avec moi-même m’en fait douter*

*Jacques Darras Je m’approche de la fin

L’INSTINCT DE POÉSIE

J’entends le vent du sud avec de fortes ailes

Un poème dans la nuit fait un geste

Je ne me suis jamais dit poète mais j’ai gardé l’instinct de poésie en consacrant au moins un instant quotidien à l’écriture d’un poème

Je suis chaque fois, comme à présent, au pied du mur, au bord du vide, cherchant voie et voix, rimes et rythme, me  remémorant certains vers appris par cœur depuis l’école communale

Attendant, hésitant, puis lâchant les chiens sur les traces d’une ballade, d’un sonnet ou d’une forme indéterminée que j’abandonne  à la fin sur le papier, puis sur le blog, de guerre lasse