IL FAUT ÉCRIRE SANS Y PENSER





Il faut écrire « sans y penser » est un titre musical de Clément Janequin (1547)

Il faut écrire sans penser une seconde à être lu

Il faut lire comme si c’était nous qui avions écrit la page sous nos yeux

Il faut s’amuser à écrire en secret sans amuser la galerie

Il faut continuer à écrire à sa Muse en allée

(comme si sa nuit définitive était un phénomène relevant de Fiction & Cie)

Il faut lire demain dès l’aube en portant un bouquet de roses de la vie

Il faut écrire en retenant ses cris et rires

Il faut lire l’ephemeride.com de ce jour :

mercredi 7 août 2024 220e jour de l’année 146 jours restants 32e semaine le soleil se lève à 06h32 et se couche à 21h19 Nous fêtons les Gaétan de Tienne ainsi que les Gaétane

(Je me souviens de ce bistrot à l’enseigne du Beau Brun où trois musicos de fortune jouaient mi ré mi l’air de la petite Tane qui m’aurait peut-être aimé)

UN COURT INSTANT

Un court instant
Court mon poème
Il est nouveau
Il est ancien
Il est hors temps
Il est l’instant
Où l’on tisonne
Des mots de feu
Des mots de cendre
On ne sait pas

L’homme est d’argile
On se souvient
Du presque rien
De Frère Humain
De Sœur Fragile

Un court instant
Hors cogito
Je ne suis pas
Celui qui pense
Je suis la passe
de ce poème
Qui par à coups
A pris son temps

EN COMPAGNIE DE BARTLEBY

Moi qui n’arrête pas de noircir des carnets de textes inédits je suis pourtant aussi un adepte du héros de Melville, Bartleby le Scribe, employé en qualité de copiste dans un cabinet juridique situé à Wal Street, mais qui refuse peu à peu les tâches que lui propose son chef, le narrateur embarrassé de ce récit. I would prefer not to, (J’aimerais mieux pas) est la réponse répétée par le personnage melvillien tout au long du récit.

Et pour le reste on ne sait pratiquement rien sur lui. Simplement on le surprend debout qui regarde longuement à travers une fenêtre de l’officine un mur de briques du fameux quartier financier de New York.

Voilà qu’en évoquant le phénomène Bartleby, témoin d’une profonde négation de toute activité professionnelle, je suis encore tombé dans mon péché mignon qui est d’en faire des tonnes en parlant d’abord au papier puis à l’ordinateur qui transcrit mes balivernes.

Et pourtant moi aussi il est possible qu’un jour je signe la fin de cette écriture. Je dirai adieu aux choses d’ici bas que l’on écrit isolé face au mur blanc de sa chambre.

Je doute que quelqu’un me demande de continuer. Mais si c’était le cas je me transformerai sans barguigner en un Bartleby bis : Encore écrire ?J’aimerais mieux pas.

COMPLÉMENTS

J’aimerais mieux pas t’écrire poème

Il fait trop triste dans mon cœur
Et trop de morts en moi se meuvent





J’aimerais mieux pas

Mais voilà c’est le paradoxe

Le premier vers hardi se pose

Sans que je l’y invite

Sur cette page qui se défend

Mais n’en peut mais





J’aimerais mieux pas j’aimerais passer

Mais comme une mécanique

Ma main magnétique continue

À Dada sur mon papier





Lors me retrouve bon gré mal gré

Poète dépourvu incapable d’interrompre

Ce labeur contrefait





Et puis flûte ! Réflexion faite

Je dois à mon grand dam le constater

En faisant à contre cœur ce poème

Tristesse et douleurs ont passé





Il était temps de l’avouer

MARIAGE D’AMOUR

Je pourrais dire pensant à toi mon amour comme tout le monde
Toi que j’épousai un quatre août comme aujourd’hui
La Boétie l’ami de Montaigne appelait sa femme Marguerite de Carle ma semblance
Mon amour ma semblance mon amie
Amor qui fut vivante jusqu’à ta mort
Actée un dimanche de fête des mères
(le reste manque - en particulier le rire de tes petits enfants que tu n’as pas connus - suggère cette parenthèse cauchemardesque)

https://www.editions-harmattan.fr/livre-poemes_a_ma_morte_jean_jacques_dorio-9782343129969-58621.html

JE ME SOUVIENS DE LA TÉLÉVISION EN NOIR ET BLANC



Non, moi non plus, comme Bourvil le chante, je ne me souviens pas du nom du bal perdu, ce dont je me souviens en revanche, ce sont les bals de l’été des fêtes de villages, les balloches, dont j’apprends qu’il s’agit aussi des « testicules » qui entre parenthèses donnèrent au temps des textes écrits sans queue ni tête les texticules  (du hasard)
Je me souviens du Hasard et de la Nécessité du biologiste Jacques Monod et de son visage qui passait, en noir et blanc, sur l’unique chaîne de télévision.
Je me souviens de l’enfant Goajiro qui grimpait au cocotier nous chercher une noix de coco et que l’on surnommait Mono (Petit Singe rieur et malin)
Je me souviens de Guernica que j’ai vu en 1974 au Moma, pas loin d’une Nymphéa dont la dimension 1×2 m, me faisait faire des allers-retours
Je me souviens aussi que le même jour je tombais en arrêt devant un tout petit tableau de Dubuffet que personne ne regardait Il représentait Joe Bousquet, cloué au lit, lisant un livre dont se détachait le titre choc : Traduit du silence, et qui commençait par Je suis dans un conte que mes semblables prennent pour la vie
Je me souviens de temps en temps qu’il faudrait que je relise quelques histoires de La vie mode d’emploi « Une lecture plus attentive de ces vies imaginaires permettrait sans doute d’en détecter les clés »
Je me souviens de mon petit vélo rouge d’enfant que je rangeais la nuit dans l’étable à côté de la maie des cochons (à la différence de « le petit vélo à guidon chromé au fond de la cour » de Georges Perec)
Je me souviens de ma première bagnole, une deuch bleue (« comme une orange » évidemment)
Je me souviens de Si sta facendo sempre più tarde : Il se fait tard, de plus en plus tard
"Entre temps la vie s’est écoulée, on ne peut plus la rattraper" me confie dans un sourire navré Antonio Tabucchi qui repose désormais au cimetière des Plaisirs, à Lisbonne sa seconde patrie.