MENUES PHRASES VENUES SANS Y PENSER

MENUES PHRASES VENUES SANS Y PENSER

Oui la poésie d’un jour s’élabore toutes les nuits Mais pour bien la faire, ma commère, il vous faut purger de quatre grains d’ellébore La poésie toujours dans un coin de brouillard ou de cheminée en feu de bois de chêne que l’on a coupé au milieu de tous ses roseaux pensant Mais à quoi pensaient-ils cannebières et bambous ? On ne sait On ne sait pas, n’ayant point, à cause du long divertissement qu’il y a à élaborer nos poèmes, poussé notre raisonnement plus loin Moralité : C’est plus fort que nous Ces menus phrases nous échappent sans y penser

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DOUZE PENSÉES D’UN DIX OCTOBRE





Je pense qu’il est bon de lire deux poèmes par jour : l’un que l’on relit pour la centième fois, l’autre que l’on découvre sur une revue de poésie ou un site internet.
Je pense à Charles Cros et à son hareng saur sec sec sec que je fis apprendre (et jouer) à des générations de collégiens
Je pense à mes potaches et au potage de ma mère qu’elle me faisait prendre avec du tapioca
Je pense au Pont des Arts où par hasard on croise le vent fripon et la chanson guillerette du polisson de la chanson
Je pense à François Villon et aux neiges d’antan
Je pense au joueur d’orgue qui arrêtant sa manivelle m’indique la Chaussée d’Antin
Je pense au vieux qui lisait des romans d’amour et au old man and the sea qui s’accroche à sa ligne et dit : Tu veux ma mort poisson !
Je pense à Pour qui sonne le glas…il sonne pour toi !
Je pense à Anton Voyl le héros sans « e » de La Disparition
Je pense à Paul Valéry qui sort de sa tombe chaque nuit pour réciter face au toit tranquille une strophe du cimetière marin
Je pense au frère que je n’ai jamais eu ni à la sœur d’ailleurs
Je pense au poème prémonitoire de Cesar Vallejo que je traduis ainsi : Je mourrai à Paris un jour d’orage dont déjà je me souviens

Me moriré en París con aguacero Un día del cual tendo ya el recuerdo ( Piedra negra sobre una piedra blanca)

petits graviers et coquilles Fos sur mer 09/10/2022

J’ÉCRIS opus 17





J’écris comme un voleur

J’écris comme personne

J’écris comme une fleur

J’écris et je griffonne





J’écris sans respirer

J’écris et je mijote

J’écris sans fanfaronner

J’écris sans ma jugeote





J’écris au onzième étage

J’écris dans le troisième dessous

J’écris dans un fouillis réjouissant

J’écris sans connaître les affres de l’écriture





J’écris comme un menteur sacré

J’écris en relisant les autres

J’écris sans avoir de mentor

J’écris en évitant les notes





J’écris sans jamais raturer

J’écris en me moquant d’être à la page

J’écris sans fin

J’écris ayant toujours faim





J’écris d’abord et il m’arrive de penser ensuite

J’écris sans penser à rien de particulier

J’écris quand la ville dort

J’écris coquin de sort





J’écris en laissant des blancs





J’écris comme je ne suis pas un romancier

Sans voir un lieu des personnages

Une scène qui trotte dans ma tête

J’écris en changeant de stylo quand le mien se met à pâlir





J’écris en attendant que ça passe

J’écris jusqu’à la dernière goutte d’encre

J’écris atterré en revoyant les tableaux horrible de Goya

J’écris sans avoir réfléchi aux questions qui hantent les philosophes





J’écris en croyant voguer vers le Nouveau Monde

J’écris admiratif de ce mexicain qui avait pour nom Paz

J’écris en paix

J’écris libéré de mes nostalgies révolutionnaires qui me privaient de toute lucidité





J’écris en pensant que les monothéismes et les replis identitaires sont source d’intolérance et de guerres qui font le malheur des peuples

J’écris en fin de compte en oubliant ce que je viens d’écrire pour chercher à faire mieux demain

J'écris Fraternité