Ainsi, qu’il laisse un nom ou devienne anonyme, qu’il ajoute un terme au langage ou qu’il s’éteigne dans un soupir, de toute façon le poète disparaît, trahi par son propre murmure et rien ne reste après lui qu’une voix, -sans personne. Jean Tardieu
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La voix, il suffit qu’on l’écrive, pour qu’elle se mette à exister.
Une voix perdue, mais qui en douce, remue et entraîne notre plume
Une voix retrouvée et qui prendla forme…qui nous reste habituellement invisible, celle du Temps.
Une voix venue d’Homère, le Père du Grand Récit : Conte-moi Muse l’aventure de l’Inventif
Une voix qui parle d’abord au papier avant d’être libérée par l’inflexion des voix chères qui se sont tues
Une voix dont le souvenir à la couleur du sable qui s’écoule grain à grain
Une voix sans personne qu’affectionnait le poète Jean Tardieu
Une voix unique que l’on lit la nuit au lit : Ô lit heureux l’unique secrétaire de mon plaisir
Une voix enfantine qui crissait sur l’ardoise et son alphabet
Une voix collective jouissive dans la rue et sur les murs du Grand Mai
Une voix étouffée par les mots de la tribu
Une voix en allée sur les lèvres des trépassés
Une voix qui nous souffle qu’il faut continuer
Avec les voix de Marcel Proust, Philippe Jaccottet, Paul Verlaine et Rémi Belleau
Raisons d’écrire : Faire ses autoportraits en mouvement selon les années Se déplacer du moi au je Se prendre au jeu des autres en nous Des mots qui nouent et qui dénouent ce que l’on pensait impossible à dire et que l’on essaie de dévoiler sur une carte un bout de papier un écran désormais Raisons d’écrire en boucles ironiques d’éternité
Raisons de lire : S’asseoir pour se soulager dans le cabinet de lecture le « lieu » privilégié des poètes de sept ans à soixante-dix sept ans, Fréquenter l’enfer de la B.N.F où le poète d’Alcool recopie le manuscrit interdit des cent mille verges Se saouler des poèmes décadents de Jadis et naguère Lire à haute voix Don Quichotte à sa dulcinée S’inspirer des pages vierges et vivaces du bel aujourd’hui prisées par tout lecteur en quête de beauté
Raisons de lire et d’écrire conjointement et toujours comme dit le poète quelque part dans l’inachevé
Boire seul sous la lune, écrit Li Bo, qui la prend pour amie et avec l’ombre qu’elle lui procure, voilà qu’ils sont trois. Que n’inventons-nous pas pour peupler notre solitude ? Assurément cette main qui court le papier, maniant le pinceau du poète-calligraphe, ou bien l’ancienne plume et son encrier, avant le stylo pointe fine. Écrire seul en silence, calé sur son oreiller, la lune à la fenêtre, les volets grands ouverts. Suggérer les activités joyeuses de jadis : la toupie sur les carreaux de la cuisine, le jeu de barres dans la cour de l’école et la construction d’une cabane. Li Bo réapparaît, nuit de lune sur le fleuve, il vacille en buvant une nouvelle coupe de vin de Sin-fong. Un dernier coup de rame, ma barque de papier ne sert plus que de marque-page, les images des rêves, comment les épuiser ? Li Bo (Li Po, Li Bai) 701-762
le caractère chinois shou longévité encadré par mes hypnographies : signes imaginaires faits comme en état d’hypnose
Ajout
Cette nuit je lis les vers tirés de derrière les fagots d’un poète chinois ivre
À vrai dire je n’y comprends rien leurs caractères calligraphiques ayant disparu de notre abécédaire
Mais je m’accroche aux branches
Au-delà des mots écrits Je cherche la parole de celui qui dans son ivresse les prononça
Alors un instant vient où la lune d’hiver glisse sur les livres de ma bibliothèque
Au point de les transformer en Acherontia atropos
(Sphynx tête de mort)
J’imagine qu’ils vont aller rejoindre les rêves de ce calligraphe inconnu qui me ressemble comme deux gouttes d’encre plus noires que la nuit
NE PAS LAISSER MOURIR LE FEU DE L’HUMANITÉ Revisitez Revisitons Aux fruits de la passion de Pennacchioni connu sous le nom de plume de Daniel Pennac La vie vécue à posteriori Une liste de mariage ouverte chez Tati À tati à tâtons Refaisons le monde des Voyants à la Rimbaud et des Voyantes à la Thérèse ma sœur qui tire la bonne aventure dans une minuscule caravane tchèque en diffusant Caravan de Duke Ellington au piano Juan Tizol un coauteur au trombone Coutie Williams à la trompette suraiguë comme s’il avait le feu au cul Et Johnny Hodges le plus sensuel des saxophonistes soprano surnommé allez savoir pourquoi The rabbit : quisuis-je dans le Monde ? Ah ! c’est le grand puzzle ! confiait à la petite Alice Liddell le mathématicien poète Charles Litwidge Dodgson alias Lewis Caroll À tati à tâtons On s’est perdu comme toujours dans ce genre d’histoire sans fin pour nous guérir un peu de la guerre en Ukraine de la ballade des jeunes hommes pendus en Iran et des vieux chinois qui meurent aujourd’hui comme des mouches de l’ex-covid zéro transmis naguère par les pangolins du marché de Wuhan On s’est perdu comme toujours dans une crise d’imagination proche de l’épilepsie et de cette sublime supplique dite dans la langue de Malaucène : ils s’étaient senti la mission de ne pas laisser mourir de feu l’humanité…