J’oublie le jeu subtil des vers
Les saisons de l’amour et leurs flammes
Les yeux clos de l’hydre univers
Le paysage fleuri de l’âme
J’oublie les êtres que l’on crée
Simplement avec une plume
Ou sur l’ardoise d’un doigt de craie
Enfant des barres et clairs de lune
J’oublie ma petite science
Lignes réglées sur le papier
Panier d’osier qui se balance
Au gré des fruits du citronnier
J’oublie ainsi ici ailleurs
Dans le jardin décapité
Où tu ne viens plus me tendre
Tes lèvres matinales
Toi que je ne veux oublier
Category Archives: Une écriture à part soi
À DEUX MAINS
À DEUX MAINS
Avec ma main première (la droite), j’écris des poèmes. Je m’aventure sur des terres inconnues avec les moyens du bord : la plume sergent major, la feuille blanche, les réminiscences, les techniques d’un vieux singe désireux d’inventer une nouvelle grimace, la fantaisie.
Avec ma main seconde, je puise dans le bien commun des savoirs diffus, qui fleurissent les dictionnaires, les encyclopédies, espérant, comme un naufragé, y trouver un refuge, du moins pour la journée.
Là, point de page blanche, mais un cahier d’écolier, bien quadrillé et que je renouvelle quand sa dernière feuille est pleine à ras bord.
Et avec ta main troisième ? me demande le petit malin qui a lu ces lignes en n’en croyant rien.

LES CHOSES LES PLUS SIMPLES
Les choses les plus simples : un dessin sur le sable, l’ouverture des volets, un bruit de voitures sur la voie rapide, un goéland mélancolique, les grenades rougissant mon grenadier, le jour neuf qui s’annonce, les trous dans la mémoire de mon identité ce 29septembre 2024

ENTRE DEUX SOMMES
Le lecteur ne se doute pas combien de nuits agitées tu as passé pour écrire ces lignes Elles sont toutes issues d’une bataille rangée : entre deux sommes tu lis des histoires tu t’endors à demi tu les transformes en rêves tu les réécris Ainsi celle de ce chinois un brin socratique qui ne savait plus s’il avait rêvé d’un papillon ou si au contraire le papillon avait rêvé de lui Toi tu te souviens du crocodile qui invente le monde en faisant sortir des arcs-en-ciel de sa gueule et aussi de la tortue qui voulait jouer la cantatrice chauve

VIVRE DE NUIT dans la lumière de pensées au ralenti, rêves éveillés, lectures déraisonnables, écritures à la main qui transmet ce qui parle dans la tête au papier. Étendu dans son lit, tête posée sur l’oreiller, recouvert de son linceul 1 blanc, bleu, jaune ou vert. Vivre de vocabulaire vérifié, amplifié, d’étymologies, de la folle du logis, à qui l’on donne tout pouvoir d’opérer sur sa feuille d’écriture. Comme la balade d’un Orphée qui doit aller de l’avant, sans se retourner.
1 en occitan le drap est appelé linçol selon le sens premier de linceul : petite pièce de « lin » et non drap funéraire.
ACCUMULATION
J’accumule des phrases, des citations,
des non-phrases, des fragments,
des vers (à l’ancienne),
des pensées sans formes,
des formes de pensée, des étymologies :
ainsi il y a du cumulus, de l’amoncellement,
dans la mise en scène (accumulare) de mon accumulation.
C’est Wikipédia qui le dit.
Et Baudelaire dans l’Étranger, aussi.
