DES LIGNES MANQUENT

Des lignes manquent

Si on te demande pourquoi tu donneras le change

Tu trouveras bien une raison plausible

Des lignes manquent emportées par les serres d’un oiseau de mauvaise augure

Des lignes manquent dans des drames oubliés sur les fils de trame

Des lignes manquent  pour les dédicataires   qui reposent entre deux pins au cimetière 

Des lignes manquent sans explication c’est la meilleure réponse à la question

***

Des lignes manquent : première version

Des lignes manquent tu ne sais plus lesquelles  tu as perdu leurs mots les simples vocables  et leurs précieux sésames ceux qu’aucun sms  n’est en capacité d’afficher 
Des lignes manquent si on te demande pourquoi tu donneras le change tu prétexteras la pluie sur les feuillets ou les phrases écrites par un mauvais crayon sur du papier cigarette 
Des lignes manquent  emportées par les serres d’un oiseau de mauvais augure  rayées d’un trait de plume
dans une crise de vers
Des lignes manquent  la liste est longue leçons de choses  figues de figures poèmes écrits à reculons
entre deux sonnets  deux canons

Des lignes manquent des eaux dormantes des fils de trames des drames oubliés

Des lignes manquent les plus belles assurément de ce poème dont l’unique exemplaire a un goût d’inachevé

SOUS LE SCINTILLEMENT DE L’ACCOMPLI


À VERSENVERS
Jacqueline Saint-Jean

Il reste un peu de fil sur la bobine des mots, et le dévidoir attend la main tisserande.

Elle voudrait ce soir bruire de tous ses feuilles et de tous ses âges en murmure d’adieu, puis tirer sur son corps les grands draps de l’horizon, comme l’enfant qu’elle fut enfouie dans l’édredon de balle d’avoine pour ne plus entendre le grondement de guerre.

Immobile, face au delta de l’histoire, elle rêve la fin du voyage en cette plénitude puissante du fleuve qui se donne à la mer, sous le scintillement de l’accompli.

Vient de paraître

pour commander ce recueil d’exception :

Maison de la Poésie du Pays de Quimperlé BP 37

29300 Quimperlé

11 euros+ frais d’expédition

A NOIR

Écrire ainsi

C’est complètement inactuel

Mais ça m’amuse

C’est le tour de passe-passe

d’un A noir

écrit à blanc

Sous la dictée du dedans

Si je m’appelais Victor Hugo

J’aimerais de cette lettre blanche

le bruit charmant

Un bruit d’esprit qui s’évapore

Comme un poème finit

Quand vient l’aurore

poème original

À DEUX MAINS

Avec ma main première (la droite), j’écris des poèmes. Je m’aventure sur des terres inconnues avec les moyens du bord : la plume sergent major, la feuille blanche, les réminiscences, les techniques d’un vieux singe désireux d’inventer une nouvelle grimace, la fantaisie.

Avec ma main seconde, je puise dans le bien commun des savoirs diffus, qui fleurissent les dictionnaires, les encyclopédies, espérant, comme un naufragé, y trouver un refuge, du moins pour la journée.  Là, point de page blanche, mais un cahier d’écolier, bien quadrillé et que je renouvelle quand sa dernière feuille est pleine à ras bord.

Et avec ta main troisième ? me demande le petit malin qui a lu ces lignes en n’en croyant rien.

une autre manière d’écrire dans un dessin qui crâne

TOURNÉ VERS L’INTÉRIEUR

Tourné vers l’intérieur comme vers le lointain

J’ai essayé de développer cette formule mais c’est resté à l’état de brouillon

Pourtant je la maintiens et la fait lire sur ce blog en pensant qu’il est possible qu’elle inspire d’autres que moi : une lectrice, un spectateur, adeptes d’une pensée sauvage, qui aiment devant l’énigme ne jamais renoncer

Tournés vers le lointain comme vers l’intérieur