CHANSON ORPHELINE

On ne sait pourquoi

On commence ainsi

Comme un soleil  noir

Sur l’esprit saisi

Par l’aile fugitive

D’une chauve-souris

On ne sait pourquoi

Sur le vide acquis

Tourne une chanson

À l’air incertain

Qu’une voix sussure

Au cœur de la nuit

Chanson orpheline

Qui attend son heure

L’air d’un musicien

La voix qui en secret

Monte puis décline

Et à l’aube disparaît

On ne sait pourquoi

On ne sait pourquoi

CHARLIE CHARLIE NON STOP

Un p’tit coin d’paradis chanson enregistrée au studio du Petit Mas 18 mai 2016

FINI DE RIRE

Il faut certes condamner les tueurs, puisque ce sont des bourreaux qui ôtant la vie, mais il faut aussi les analyser : ce sont de bons symptômes de l’état mental, politique, d’une société. Les tueurs du 7 janvier ont affirmé, par leur geste, une chose très simple : fini de rire. Dix ans après, je vois et j’entends ceci : des tas de gens, certes en désaccord avec la méthode de ses tueurs, sont plutôt d’accord avec leur message. Ils ne veulent pas tuer ceux qui tâchent de faire rire avec ce qui n’est pas drôle; mais ils aimeraient bien les empêcher d’en faire rire d’autres.

Beaucoup ne veulent pas comprendre cette opération de l’esprit et du cœur, ce geste libérateur. Ils sont persuadés qu’on ne peut pas rire ou sourire de tout. Ils ressemblent à ceux  qui sont contre la peine de mort  « sauf dans certains cas »; donc qui sont pour. Ils  sont pour la liberté de rire et d’associer par l’absurde, sauf quand ça les vise ou les chosue; donc ils sont contre.

Philippe Lançon (Charlie Hebdo) 7 janvier 2025

LES VERS SONT UN ART DIFFICILE

Je rêve que j’écris des vers

Je les vois je les pressens

Le Je les mots et l’univers

Je fais des lignes par cent

Ces vers venus en ce moment

J’ignore ce qu’ils vont vous dire

Je ne sens c’est mon sentiment

Que le besoin de les écrire

Ainsi faisait La Motte

Dit parfois La Motte-Houdar

Il me plaît de lui rendre hommage

Tirant ici ce dernier dard

LE GÉANT DE NOS LETTRES

Je lis des vers d’Hugo le géant de nos Lettres

Qui se montre surtout dans tout ce qui le cache

Criant Hé le géant ! Hé l’homme de l’abîme !

Je lis ce cher Victor qui va de cime en cime

Un vautour qui me dit : Petit, les choses,  sache,

Avec leurs dieux,  ont des monstres pour ancêtres !

Tournés vers l’intérieur comme vers le lointain

Nos vers ont l’ambition d’être lus, entendus,

Avec l’œil et la feuille, sans sanglots superflus,

Entends d’Orphée la lyre qui rythme tes actions !

Entends écoute apprends pense ou sois imbécile

Veille ou dors Viens ou fuis Nie ou crois Prends ou laisse

Montre-toi cache toi Va t’en demeure Oscille

La liste est infinie des verbes qui t’oppressent

Et libèrent la part de folie sous sagesse

Sur l’épaule d’Hugo le géant  de nos Lettres

RIEN N’ÉTAIT ÉCRIT

Les choses de la langue

Or des signes fleuris

Un monument de mots

De morceaux ajointés

Ou qui se désassemblent

On arrive peu ou prou

Au but à l’épilogue

Au bout de ce chemin

Fragile et incertain

C’est le temps des adieux

D’une vie singulière

Où rien n’était écrit