PAROLES CONTRE PAROLES

PAROLES CONTRE PAROLES
Paroles sur le papier
Prises de paroles en Mai 68
(Mais d’où tu parles ?)
Paroles de Haine en ligne
Paroles de l’Hymne à la Joie
Paroles au creux de l’oreille
Paroles des bons Sauvages
Paroles à tout berzingue
Paroles plus que lentes
Paroles d’un trait de plume
Paroles d’un sang d’encre
Paroles qui ont bifurqué
D’oboles en paraboles
De paroles venues des dieux
En paroles dont le nom
Nous a paru d’éternité

***

– Mais d’où tu parles ? – De paroles sauvages en écrits raffinés, je me lance, je croise et ne suis jamais satisfait.
– Un exemple ?
– Agile Argile Fragile agitent ce texte dont j’ai perdu les clefs.
– Et alors ?
– Rien. Je ne me hâte pas de les retrouver.
J’aime naviguer dans le labyrinthe de l’obscurité, entrecoupé de rires et de fragments de récits d’explorations.
– Tu parles d’un chantier !
– Un champ de fouille, un atelier ; chacune et chacun s’y attelle, s’y confronte, s’y conforte, s’y réfugie, s’y reflète, s’y décale, s’y aventure, s’y rêve…
Et les voix s’entrecroisent multiples, profuses, futiles, incoercibles et par-dessus tout…jouissives.

DU MOUVEMENT

Le mouvement de la plume sur le papier

Le mouvement du duende des pieds vers la cabeza

Le mouvement de mai 68 la plage sous les pavés

Le mouvement des mots du dictionnaire

Coche cochenille cochonnerie d’écriture dixit  Artaud le Momo

Le mouvement en marge de tes poèmes où prolifèrent tes hypnographies

Le mouvement des Constellations d’Orion et de Cassiopée

Le mouvement du sang d’encre pas du sang du rouge

Le mouvement des boustrophédons de gauche à droite puis de droite à gauche

Le mouvement des sillons prélude aux semaisons et aux germinations

Le mouvement de ce qu’ont dit simultanément la bouche d’ombre la bouche solaire la bouche fermée

En ce laps d’un temps qui nous a paru ne jamais s’achever

le mouvement en marge de tes poèmes où prolifèrent tes hypnographies

DU TEMPS

Crise du temps

Que l’on met au travail

Pour le remettre en forme

Pendant que l’on s’absente

de soi et que l’autre s’insinue

peu à peu

dans la place du même

.

Ça fait charabia

Araigne dans la tête

Boulotant les neiges d’antan

Et c’est aussi

l’antienne d’Apollinaire

Mon beau navire ô ma mémoire

Avons-nous assez navigué

.

Arrêt buffet

Je parle dans ma tête

Comme d’autres

parlent au papier

Dans une nuit nue

À la mémoire embrouillée

.

Il est midi

L’heure des colibris

Qui sucent les fleurs rouges

Des corolles absentes

De tout bouquet

.

Le temps est un enfant qui joue

au tric-trac tout à trac

et au jeu de dés

qui n’en finit pas de défier

al-azhar

le Hasard et la fleur d’oranger

LISTE IV

J’écris mes listes

à peu de lecteurs

et à peu de jours

Pour le retour de septembre

J’ai cueilli l’hysope violette

Que l’on donnait en décoction aux lèpreux

J’ai repris en rêve le chemin de l’école

Quittée il y a cinq lustres

Une goutte d’eau

Sur la route d’O

M’a donné

Cette rime équivoquée

Et les sécateurs ont coupé

Trois paniers de raisins

De ma treille

(le reste demeure secret)