L’ÉTRANGE VÉRITÉ DE NOS FICTIONS


Il était vieux, la vérité était devenue plus étrange encore que ses fictions…

Salman Rushdie Quichotte


Je tisse un canevas
De Commedia del Arte
Je lis Casanova
Franc-maçon libertin
Poursuivant sur Arte
Gentes dames et catins

Une fille sous le pont
Exalte la rime d’Hugo
Ô lavandière incendiaire
Dit-il frais barbouilleur
C’est léger gai et tendre
C’était du temps que j’étais jeune
Ecrit-il avec maladresse

Vieil homme Sois indulgent
Et si tu en es encor capable
Sur ta lettre à la bonne adresse
Ecris donc un post-scriptum



l’étrange vérité

EXERCICES D’OUBLIEUSE MÉMOIRE





UN DICTIONNAIRE À PART SOI

MONTRE

Depuis que je vis « en retrait », je n’ai plus de montre au poignet. Je la remets, uniquement, quand j’ai un rendez-vous médical. Allez savoir pourquoi ? Pour l’instant, touchons la caisse de ma guitare, je vis à septante-cinq ans, sans prendre un médicament. « Et j’espère devenir vieux ! », comme dit la chanson cajun. Mais c’est pas gagné.

OXYMORE

Un petit exercice pour faire travailler votre « oublieuse mémoire » :

l’oxymore le plus connu est « l’obscure clarté ».

Sans tricher, avec votre « gougueule d’atmosphère » :

1 pouvez-vous retrouver l’alexandrin entier de « l’obscure clarté »

2 son auteur 3 le titre de l’œuvre d’où la citation est tirée. ?

VÉRITÉ

Mes écrits ne contiennent aucune certitude qui me satisfasse à moi-même, aussi ne fais-je pas profession de savoir la vérité ni d’y atteindre…J’ouvre les choses plus que je ne les découvre.

Je signe des quatre mains cette ouverture de Pierre Bayle, né en 1647, dans un village de l’Ariège, proche du mien. Lui au Carla, moi à La Bastide de Besplas, en 1945. Je disparaîtrai, il restera.

JE ME PERDS DANS BORGES

JE ME PERDS DANS BORGES

La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s’y trouve.

Rûmi

*

Je me perds dans Borges

la nuit des dons – noche de los dones –

brise le miroir et le masque

el espejo y la máscara –

Je me perds dans les mille morceaux de cette œuvre dont chacun semble contredire le précédent et le suivant

Miroir brisé par le poing d’un dieu jaloux qui ne laisse aux lecteurs que les fragments d’une allure de vérité

Je me perds à l’angle de la rue Bernardo de Irigoyen et de la rue des Bergeronnettes de celles qui suivaient mon père laboureur

Je me perds dans les prologues qui mènent immanquablement au jardin des sentiers qui bifurquent et qui font pièce à des ouvrages hétérogènes d’écrivains improbables

Je me perds dans les visions simultanées de l’Univers que le langage ne peut traduire que successivement :

la neige coiffant la statue d’un soldat de 14 sur une place des Hautes Pyrénées

les grains de sable du Sahara coulant dans le cadre d’un artiste marocain vivant à Aix en Provence

la voie lactée où marchent sans cesse les indiens morts de la Goajira*

-Tu as bien vu tout en couleur ? demande Borges.

-Comme dans ce livre d’enfant où toutes les lettres pendant la nuit se mélangent et nous offrent au matin un chant nouveau.

*

*Le chemin des indiens morts Michel Perrin (1976)