MAIS D’OÙ TU PARLES ?

PAROLES CONTRE PAROLES
Paroles sur le papier
Prises de paroles en Mai 68
(Mais d’où tu parles ?)

Paroles de Haine en ligne
Paroles de l’Hymne à la Joie
Paroles au creux de l’oreille
Paroles des bons Sauvages
Paroles à tout berzingue
Paroles plus que lentes
Paroles d’un trait de plume
Paroles d’un sang d’encre
Paroles qui ont bifurqué
D’oboles en paraboles
De paroles venues des dieux
En paroles dont le nom
Nous a paru d’éternité


– Mais d’où tu parles ? – De paroles sauvages en écrits raffinés, je me lance, je croise et ne suis jamais satisfait.
– Un exemple ?
– Agile Argile Fragile agitent ce texte dont j’ai perdu les clefs.
– Et alors ?
– Rien. Je ne me hâte pas de les retrouver.
J’aime naviguer dans le labyrinthe de l’obscurité, entrecoupé de rires et de fragments de récits d’explorations.
– Tu parles d’un chantier !
– Un champ de fouille, un atelier ; chacune et chacun s’y attelle, s’y confronte, s’y conforte, s’y réfugie, s’y reflète, s’y décale, s’y aventure, s’y rêve…
Et les voix s’entrecroisent multiples, profuses, futiles, incoercibles et par-dessus tout…cherchant inlassablement la voie.


Illustration résonances Maria-Dolores Cano

POÉSIE EN UN SUJET FOLÂTRE ET DÉRÉGLÉ

Dès ma première enfance la poésie a eu cela
de me transpercer et de me transporte
r
Michel de Montaigne

Et moi je suis
De ceux qui tiennent
Que la poésie
Ne rit point ailleurs
Qu'en un sujet folâtre
Et déréglé
.
Fol âtre
Où flambent
Sonnets nouveaux
Et vers libres
.
Dévidant et filant
La langue françoise
Par tous les sens
Brisée et rapiécée
.
Et en tous lieux




PASSER LA MAIN

 
J’ai besoin de passer la main
écho parlant quand bruit on mène
J’ai besoin d'un dictionnaire à part moi

et du filon des mots
J’ai besoin de la blanche hermine
et des sons de mon piano blanc
J’ai besoin de la face cachée de Mozart
et des dissonances de l’Art

J'ai besoin des promesses de l'aube
Et des neiges d'antan


LE CHANT SOUS LE TEXTE

 
Ces bêtes à l’abandon :
Un lièvre patagon
La huppe des Alyscamps
Et la perdrix des neiges
Menacés par un rastaquouère
Qui nettoie son fusil

.
Puis après le grand boum
Rien à ramasser
Des quelques restes
De poils et de plumes

De poèmes sans fin
.
Et cependant
Sur l’aile de papier
Frémissent et se déploient
Les songes d'un papillon blanc
Éphémère ingénu
Que le chant sous le texte
Éblouit de mystère