AU MOIS DE MAI DES MOTS

Au bout du conte

Je me rends compte

Des cris et des échos

Du mois de Mai des mots

.

Mois des métamorphoses

Des lilas et des roses

Un tourbillon d’images

Entre sagesse et rage

.

Au mois de mai des mots

Compte tenu des choses

Et de leur résistance

À nommer l’innommable

.

Nous allâmes aux fêtes de Mai

Ah l’âme enivrée d’une joie sans pareille

Nous allâmes aux fêtes de Mai

Jamais nous ne serons les mêmes

Le bonheur qu’est-ce-que c’est ? courriel 85

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

85

M.Y. à V.

Tout bonheur est un chef d’œuvre : la moindre erreur le fausse, la moindre hésitation l’altère, la moindre lourdeur le dépare, la moindre sottise l’abêtit.

V. à M.Y.

Le bonheur est souvent la seule chose qu’on puisse donner sans l’avoir et c’est en le donnant qu’on l’acquiert.

.

M.Y. (8 juin 1903-17 décembre 1984) Première a faire son entrée à l’Académie, elle écrivait « un pied dans l’érudition et l’autre dans la magie ».

V.(21 novembre 1694-30 mai 1778) Le penseur, écrivain, défenseur des innocents, par excellence des Lumières.

DISPARITIONS XV ROGER CAILLOIS

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

100/106


104

LES PIERRES LÉGÈRES ME PARLENT LES GROSSES RESTENT MUETTES

 En retournant mes poches je retourne un peu de ma vie

Quelques pierres vertes et jaunes dans un mouchoir de poche : celles de mes ancêtres passées à l’as et celles d’Ambre et de Jade, mes petites-filles qui viennent d’éclore ensemble

En retournant mes poches je meurs et je renais

Grains de pavés, graines de pavot et petits cailloux recueillis un à un sur la plage de sable de Fos sur Mer

En retournant mes poches sept familles en sortent, trois amochées, disparues, pierres mortes et quatre pleines d’énergie et d’espoir

Un mouchoir de batiste avec les initiales brodées par Mère-Grand jeune fille me retourne le cœur

À l’intérieur sept petites pierres sont autant d’âmes vénérées comme dans la mythologie des Huichol amérindiens d’une contrée sauvage du Mexique

-Regarde celle-là jaune et verte c’est ta grand-mère dit la mère

Et la rouge et noire ton grand-père qui chantait les complaintes de l’Éternel Retour…

JJ Dorio

POUR MÉMOIRE 71/75

Pour oublier le temps

71

Tu te souviens de l’autobus vert avec un toit blanc mais était ce un R ou un S ?

72

Tu te souviens que tu montas sur sa plateforme arrière un livre ancien sous le bras

73

Tu te souviens que le bus passa devant un cinéma où l’on jouait La soupe au canard

74

Tu te souviens de la séquence où Groucho Marx tire le rideau d’une fenêtre pour empêcher un boulet de canon de traverser la pièce

75

Tu te souviens du contrôleur criant gare Saint Lazare Terminus des Exercices de style