ÉLOGES DES HAÏKUS courriels 84

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

84

R.B. à JJ D.

Plus on lit de poésie, plus on est bon scénariste, car on se rapproche de l’image, l’image pure. Si on lit des haïkus tous les jours, on apprend à condenser en dix-sept syllabes ce que d’autres disent en sept pages.

JJ D. à R.B.

Sommeil végétal

Dans la forêt de mes rêves

Mes arbres gambadent

.

R.B. (22 août 1920-5 juin 2012)

L’auteur de Fahrenheit 451, la température où brûlent les livres.

JJ D. (24 mars 1945-…) le pourvoyeur du blog Poésie mode d’emploi  (8/01/2006-14/05/2026) non stop

OUBLIEUSE MÉMOIRE 66/70

…l’honnête témoignage de sa mémoire, un amoncellement de choses brisées, pacotilles miroitantes ou éteintes, désassemblées, et que nul ciment ou fil d’or ne relie.

Jean Vilar, Chronique romanesque.

66

Je me souviens du vent d’autan

67

Je me souviens d’autant en emporte le vent

68

Je me souviens du vin de nos vignes dont une s’appelait la vigne de madame

69

Je me souviens de madame se meurt madame est morte

70

Je me souviens d’un temps que les moins de quatre fois vingt ans ne peuvent pas connaître

MAI 68 ce commencement qui n’en finit pas 27/68

27/68

MAI 68 en peinture

JJ Dorio

tableau exécuté le 04/07/2014

50×70 cm acryliques

suivi d’une lecture de Danielle Nabonne

Un cheval noir

Du désordre

les sabots

Gueule ouverte loup

La violence du désir

Ô l’océan d’antan

Nos bleus mouvants

Je t’aime je pars

Les non-dits les hasards

La course sans délai

La poursuite de nos Utopies

Nous lisions dans les lignes

De nos mains entrelacées

Un avenir improbable

Camarades

Nous écrivions

L’instant sa folle éternité

Une étoile filait

Vers l’infini

Nous la suivions

À la trace

DISPARITIONS XV

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

100/106

103

Je parle de pierres qui ont toujours couché dehors  

Je parle de pierres qui ont toujours couché dehors ou qui dorment dans leur gîte et la nuit des filons.

Elles n’intéressent ni l’archéologue ni l’artiste ni le diamantaire.

Personne n’en fit des palais, des statues, des bijoux ; ou des digues, des remparts, des tombeaux.

Elles ne sont ni utiles ni renommées.

Leurs facettes ne brillent sur aucun anneau, sur aucun diadème.

Elle ne publient pas, gravées en caractères ineffables, des listes de victoires, des lois d’Empire.

Ni bornes ni stèles, pourtant exposées aux intempéries, mais sans honneur ni révérence, elles n’attestent qu’elles.

Roger Caillois



UN POÈME

Ce poème 
n’a aucune réalité
il est à son
degré zéro

(ce ne sera même pas
si ça se trouve
un poème)

Mais j’aurai à nouveau fait l’essai
De relier ce qui est séparé :
les cloches qui sonnent sans raison
l’oiseau qui ce matin chante Messiaen
et les mots automatiques
qui sortent de ma plume :
essaim
éclaircie
illuminations
miroir
monde
hypnographies

Tout ce qui évolue
dans l’invisible

Et fera l’objet
sur ma page prochaine

D’une version autre
Meilleure…
ou pire

une page d’hypnographies

(calligraphies rêvées)

11/04/2026