LES VOIX DU SILENCE

Les voix du silence Un titre d’André Malraux Capté par Dorio

Les voix du silence Recherche ininterrompue La voie d’une vie

Les voix du silence S’impatienter d’un langage Qui reste muet

Les voix du silence Fragments de feuilles volantes Souci de poème

Les voix du silence Une nuit qu’on entendait la mer Sans la voir

Les voix du silence Dans ma tête comme une vrille Une voie sans fin

LA PROSE DU MONDE

La prose du monde Un essai inachevé De Merleau-Ponty

La prose du monde De la grâce d’un instant Pris dans une phrase

La prose du monde Ouverte sur l’inconnu D’écrit en écrit

La prose du monde Quand le monde se déchire Et tue les innocents

La prose du monde Des guerres de religion Dieu compte les morts

La prose du monde En prise sur le langage Qui doit progresser

La prose du monde Le visible et l’invisible Fin de cette liste

SUR LA POÉSIE

« Mais je m’en fous moi de la poésie » aurait dit Paul Valéry à André Gide.

Sur la poésie Une nuit transfigurée Neige sur la page

Sur la poésie Perdue dans un terrain vague De Paris Mai plage

Sur la poésie Si Je est interdit Le jeu vaut-il la chandelle

Sur la poésie Ce qui passe entre les lignes Entre sens et son

Sur la poésie Cent mille définitions Et ainsi de suite…

L’ENFANT D’IDUMÉE

LE TEMPS NOUS BOUFFE ET NOUS ÉTOUFFE Il est en retard cette nuit d’un rayon de lune Le temps qu’il mettra pour nous faire parvenir aux aurores cette étoile qui nous illumine Le temps inouï d’avoir cru bon de rayer de la carte les humains d’Hiroshima et de Nagasaki  Laps de temps qui rend halluciné le langage certes inspiré mais impossible à déchiffrer : lapsus, contradictions, passé et futur confondus dans les rêves d’une nuit où l’enfant d’Idumée gît l’aile saignante et pâle écrivit noir sur blanc Stéphane Mallarmé

NOS VIES LA MER LE MOURIR

PETIT RUISSEAU DONNA RIVIÈRE et affluent du fleuve Temps qui peu à peu nous entraîne vers la mer du mourir Nuestras vidas son los ríos Que van a dar en la mar Que es el morir C’est un vieux thème philosophique quand les philosophes pratiquaient aussi la poésie, l’astrologie et la géométrie Ce sont les 50 strophes inspirées de Jorge Manrique (1440 ?-1479) qu’il écrivit à  trente-six ans à la mort de son père Mais plus de cinq siècles après avant d’arriver à la mer où finissent tous nos soucis j’allonge encore un peu le temps en lisant en écrivant cette prose de sources perdues et retrouvées  Il n’est peine si grande Qu’un rien ne suspende Pour un rien de temps