C’ÉTAIT LE BEL ÉTÉ

Comme l’ombre de mon dessin
de plage
La vie passe ainsi
Tout en semblant immobile

tout bouge
le vent le vide
l’étoile la toile de Pollock
le chant du silence
l’œil fendu de Buñuel

et cependant
on croit qu’il s’agit de crier
Cogito !
pour arrêter le sablier

tout bouge
tout se meut
c’est la branloire universelle
du châtelain de Montaigne

tout se transforme
les rires en larmes
le vivre en mourir

tout renaît
sur la scène
du théâtre de la cruauté

c’était bel et bien
le bel été de la vie
c’était … ça a été

un bel été j’ai dessiné l’éternité sur la plage de Fos sur Mer

CENT FOIS TOURNANTE VOTRE VUE

Cent fois tournante votre vue
M’inspire m’émeut me fragilise
Me sort d’Amour ce petit dieu
Controversé par la psychanalyse
Sorti d’un temple dédié à Déités
Que mon esprit contemple et ma langue avalise
Brûlant par dévotion cette recherche de mots
parfaits que j’idolâtre et qui m’infantilisent

Cent fois j’écris ô douce vie
Ensemble et toi et moi je parangonne
Fais le départ entre soupirs ardents et agonie
Ravive ainsi mes amoureuses flammes
Cent fois tournantes à votre vue
Madame dont le teint d’or m’électrolyse

Avec Pontus de Tyard (1521-1605)
Qui écrivit et fit publier
Les erreurs amoureuses

BÈL ESTIU

BÈL ESTIU

Quand veniá l’estiu
L’anar de la jornada èra cambavirat
Las vespradas s’esperlongavan
Dins de discutidas sens fin
O de partidas de petanca sens tèrme
Lo mond se levavan d’ora
Per anar sofrar ò asaigar l’òrt
Al caumanhàs demoravem sota las voltas
Al fresc per penequejar suaus
Dins lo clar-escur de la cosina
Ai de remembres vius
D’estius longaruts coma etèrnes
Enfants ganhavem nòstra libertat
Era l’aprendissatge de la vida
Sovent dins las carrièras
Se parlava dau temps que fasiá
Lo mond esperavan la pluòja
Totes al vilatge aviám un ligam
Qual amb la vinha, l’oliu ò l’òrt
Lo bèl estiu es sempre lo
Que gardam en memòria
Confle de totes nòstres espers
Caldriá benlèu retrobar
Aquela vòlha, aquel vam de desirar
Un estiu tant bèl qu’una abraçada fòrta e corala 

 Joan-Pau Creissac julhet de 2023

Merci infiniment pour cet impromptu 
que tu m'as envoyé amic Joan Pau
écrit dans la langue de mon père
J'ai tenté ci-dessous une traduction

LE BEL ÉTÉ

Quand venait l’été 
La marche de la journée en était chamboulée
Les vêprées s’allongeaient
Dans des discussions sans fin
Ou des parties de pétanques ininterrompues
Le monde se levait matin
Pour aller soufrer la vigne ou arroser le jardin
Pendant les grandes chaleurs on restait au frais
Pour sommeiller au calme
Dans le clair-obscur de la cuisine
Autant de souvenirs vifs
De ces longs étés qui semblaient durer une éternité
Enfants nous gagnions notre liberté 
C’était l’apprentissage de la vie
Dans les rues souvent
Nous parlions du temps qu’il faisait
Le monde espérait la pluie 
Tous au village avions un lien particulier
Qui avec la vigne
Qui avec l’olivier du jardin
C’était le bel été
Celui que nous gardons en mémoire
Gonflé de tous nos espoirs
Il faudrait peut-être retrouver
Cet élan cette impulsion 
Ce désir d’un été aussi beau 
Qu’une accolade forte et chaleureuse

ma traduction Dorio 2 août 2023