LA PIE LE PALMIER ET LE FAUX PSALMISTE

trois haïkus allongés








Lundi temps gris

Une pie disparaît dans le palmier

qui remue

comme les lames

d’un gamelan

de Bali





J’ai observé la scène

ici rapportée

les pieds en l’air

sur ma table pleine de livres

à tricoter





C’est

-quoiqu’on en pense-

le bon temps de la vie





20/01/2020

11h36





Sur le palmier triste

sous la petite pluie

la pie est revenue





Mais si c’est bien la même

et ce n’est pas le même observateur

qui l’écrit





Pourtant il a toujours

les pieds posés

à hauteur de sa table de rumination





Mais ses livres anciens

ont perdu leur aura





et le bontempsdelavie

n’est plus que du chinois

24/01/2020
11h34




avec le mistral
qui secoue le palmier
la pie est interdite
d'accès
elles n'est plus capable
de venir se poser
sous les palmes
en l'écrivant
ma plume se félicite
de l'excellence
(pour cette fois)
de la perception 
d'un humain
05/02/2020
09h32

les instruments de ce dessin de pauvre
sont posés sur le sable
Fos sur Mer

plage du Cavaou
23/01/2020
16h12

QUELQUE PART SUR LA SCÈNE AUTRE





Quelque part sur la scène autre

D’un théâtre





Où les voix sont Esprits

êtres divins

dieux quaquas





Quelque part sur cette page

de gypse et de pavés

où résonnent les pas

                                                                des magiciens du verbe           





Quelque part où un étranger

bâtit vers à vers

le vrai sonnet des faux Conquérants*

voguant vers l’inconnu





Quelque part au centre du savoir

qui échappe aux dramaturges





Quelque part où les voix de partout

traversent et changent

ce lecteur spectateur

sans limites





qui joue et se dissout

dans une pièce autre

Quand la fête est finie









*José-Maria de Heredia

la main écrit
sur une filtre à café
ce texte « à peine » unique
qui se retrouve
dans d’autres textes
24/01/2020
03h01

L’ÂNE À LISTE et L’ÂNE A. LISANT

écrit blanc sur noir
avec « hypnographies » Dorio
photo revue Cri-Cri
Théâtre de la Criée
Marseille





Si je n’enfle mon style en grave tragédie

Qu’on ne pense pourtant

Que tout ce que je chante

Se doive prendre à fable





Jean-Antoine Du Baïf

(1532-1589)





Je peins le passage*

noir sur blanc

blanc sur noir





L’air de rien

ça ne manque pas d’air

Cet improbable poème

qui fait mouvement

dans l’inattention générale





Ici commence

écrit au doigt

et à l’oreille

signes et colombes

qui nichent

dans ma tête





Hourrah

sur le baudet

sur l’apoème

d’Henri Pichette

et le Hasard

de Mallarmé

l’enfant

d’une nuit

d’Idumée





l’œil de l’âne

fleur inverse

de l’âme sœur

ma lectrice

des poupées

que l’on répare

à l’Hospital de Bonecas**

de Lisbonne

où vivent

à jamais

les Hétéronymes

de Pessoa





collant leurs petits museaux roses***

entre les choses

les vers vains

mais si récréatifs





manuscrit fragmentaire

sur les poils

d’une bête apaisée

sans postillons





figures blanches

qui sonnent sans raison

qui font Cri-Cri

et nous aussi !****





23/01/2020

03h15





*Montaigne

**Hôpital des poupées Jacqueline Saint-Jean

***Rimbaud (Les Effarés)

****Tristan Tzara (L’homme approximatif)





REMISE EN VIE D’UN INSTANT PERDU





LA REMISE EN VIE D’UN INSTANT PERDU

un instant perdu à répéter le spectacle

le spectacle d’une vie d’enfant aux cheveux blancs

les cheveux blancs si ça se trouve c’est ceux qui ont les plus belles idées

les plus belles idées naissent de nos idylles

nos idylles de papier qui font se dresser les corps et les décors

les décors se promènent de la cave au grenier

au grenier de Toulouse je vis ma première pièce oui mais laquelle ?

laquelle je ne sais c’était peut-être un mot pour un autre ou bien rhinocéros

Rhinocéros quelle belle invention pour ceux qui lisent en fermant à demi les yeux

les yeux du monde si méchant que ça fait tache d’huile

comme disait Odette à Swann

Swann un homme si pschitt !

Pschitt parfaitement

comment peut-on rêver d’une meilleure chute !









22/01/2020

04h30





nb texte écrit sur la couverture de CRI-CRI

revue du Théâtre National de Marseille

La Criée









le texte inducteur est l’entretien

avec Jean Bellorini

pour sa pièce Un instant

d’après La Recherche

« Vous vous demandiez si le rhinocéros qui vient de passer est bien celui de tout à l’heure
ou si c’en est un autre.
C’est à cela qu’il faut répondre. »
Ionesco
Rhinocéros

UN MILAN RAIE LE CIEL

un autre haïku allongé




Un milan raie le ciel

du dernier jour de l’an





Je l’observe et le trace

sur ma page

                                                                             libre de pleins et de déliés                             





C’est comme un jeu folâtre

et puéril





Un vers d’azur

sous le zéfir





Sur cette carte bleue

et ses fleurs d’innocence





Elles couvrent mon dire

de rires et d’oubli









31/12/2019

11h08