AU DOS DES CARTES POSTALES

« Et pour finir ces formules sans poids qui me navraient,

Ton père affectionné, ma grande, et tous ces bons baisers,

Au goût de colle, de buvard et d’encre violette.

Jacques Réda (La fête est finie)

Tant de temps a passé, tu lis au dos de cartes postales des messages qui parlent sans trêve du bonheur d’exister. On t’avait écrit de Bretagne,  de Catalogne, du Pays Basque, d’Italie (de Firenze précisément)  et même, bien qu’à l’époque ce n’était pas fréquent, de New York. Bons baisers de Barcelone, Sous la statue de la Liberté j’écris ton nom,  Tonnerre de Brest comme dit Françoise. On est confondu par tant de banalités. On est ému aussi en suivant l’écriture unique, issue d’une main qui, à défaut d’être solaire, portait les marques d’un apprentissage scolaire.

Tant de temps a passé, mon cher ami, bien chers tous, ma chère fille, mon amour.

Je pense à toi, je pense à vous deux,  je vous embrasse,  cent mille bacci, je te salue, ciao.

une carte postale électronique venue d’Ozon Hautes Pyrénées le 20 octobre 2024

JE CHERCHE L’OR DU TEMPS

Silence cent ans après le cadavre exquis du Surréalisme remue encore

dans la durée poignardée de René Magritte

dans  l’infortune continue de l’écriture automatique et les frottages de Max Ernst

dans l’urinoir vertical de Duchamp l’autre Marcel qui fait proust

dans la branloire pérenne d’un monde à  feu et à  sang

Se faufiler dans ses ruines  porté par la formule obstinée d’André Breton : Je cherche l’or du temps

Ce qu’André Breton en vient finalement à baptiser « poésie  » , c’est tout le fil d’Ariane dont un bout traîne à portée de sa main et permet de l’aider à sortir du labyrinthe

Julien Gracq « André Breton » un livre publié chez José Corti en 1948

J’ÉCRIS DES LETTRES

J’écris des lettres poste restante

J’écris appuyé sur la restanque de l’ex-jardin du Paradis

J’écris des lettres à ma semblance

J’écris à celle qui fut ma mie

J’écris des lettres sur le papier

J’écris au jeune homme que je fus

J’écris des lettres de mémoire

J’écris en discontinu

J’écris sur des pages volantes que je recopie sur mon espace numérique par milliers

J’écris des lettres que je brûle après

DES VIEILLES RUSES

Des vieilles ruses courant les livres il en est plein

-Mon nom est Personne dit Ulysse au Cyclope

Des histoires à dormir debout

dans les draps de la Métamorphose

des mariées descendant l’escalier sans leur robe

Des ruses dépliées comme une phrase de Proust

Comme le fils d’un Dieu feignant d’être abandonné

Compléments

On peut toujours rêver avec Métis la Ruse et avec Mathis et Alice les enfants de nos filles qui furent enfants (joueuses) avant que d’être mères

Muse légère ruse entraînant les lecteurs-lectrices qui veulent bien jouer le jeu dans un tourbillon sans fin (comme dit la chanson)

Chante par ma voix o Muse les aventures de l’Inventif, l’homme aux mille ruses qui pilla Troie et pendant dix ans sur l’amère mer erra

La ruse irréductible de l’art est de dire simultanément que le réel ne vaut pas l’imaginaire mais que l’imaginaire peut se réaliser Olivier Revault d’Allones

MUS IN PICE

Souvent et sottement me voilà (re)parti à l’aventure d’écrire sur moi, d’étendre cette manière de fureter non à partir « du parti pris des choses » mais de mes gloses autocentrées, me voilà pris de tournis comme je vis enfant un bœuf de notre étable attrapé par cette maladie. Devant cette attitude d’un gloseur s’empêtrant dans sa besogne, notre auteur de Montaigne disait (en pensant aussi à lui même) Mus in pice : c’est comme une souris dans la poix. Nul esprit généreux, ajoutait il, ne s’arrête en soi. Il prétend (cherche) sans cesse et va outre (au-delà) de ses forces.

Intranquille il vise la tranquillité. (Ça c’est de moi)