ALORS QU’EST-CE QUE T’AS ÉCRIT CETTE NUIT 7 L’infracassable noyau de nuit

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L’INFRACASSABLE NOYAU DE NUIT

-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? -Cette nuit j’ai été englouti par le sombre océan. -Alors ? -Alors je n’ai rien écrit. C’est donc matin nouveau que je t’écris. -Merci de ne pas me bercer d’illusions. -Cependant je t’avoue dans la même veine que je n’ai pas encore ouvert mes volets (un rituel) et que par conséquent je n’ai pas encore donné le premier coup d’œil sur mon jardin et sur la mer, là-bas, là-bas, que j’ai la chance d’apercevoir avec ses lourds bateaux destinés au complexe pétrochimique, mais aussi la vision du fort ancien qui veillait naguère sur l’entrée de la passe maritime. -En quelque sorte tu essaies ainsi de prolonger la nuit. -J’essaie. La nuit et ses métamorphoses, le silence intérieur confronté au murmure d’un monde inédit. Le défi de casser cet infracassable noyau de nuit, mis en exergue par André Breton, à propos du seul Bien prôné par les Surréalistes : « la victoire de l’amour admirable sur la vie sordide ». -Oui, j’ai lu quelque part que sur ce plan au moins Breton prétendait « n’avoir jamais repris la mise. » -Celle en effet de l’amour réciproque, célébré dans le dernier numéro de Révolution, la revue Surréaliste. -Et contesté aussitôt par l’érotisme noir de Georges Bataille. -Oui, mais ceci, comme tu le sais, est une autre histoire.

LES BESOINS ÉLÉMENTAIRES


J’ai besoin de lire des lignes
de poètes pouets pouets en ligne

J’ai besoin d’écrire des lignes
qui bêchent sarclent et qui vrillent

J’ai besoin de lire et d’écrire
le grain des mots et leur farine

J’ai besoin de moments digne
d’une vie arrivée au port

J’ai besoin de recueillement
de colliger les traces de mes insomnies

J’ai besoin de ne pas abandonner
Mes poèmes à leur sort

Et de compter sur eux
Au-delà de ma mort

25 avril 2023

ma lecture du 30 avril 2023 à 11h00 pile

ALORS QU’EST-CE QUE TU AS ÉCRIS CETTE NUIT? 6 THÉOPHILE DE VIAU

6

POUR L’HONNEUR D’UN POÈTE PERSÉCUTÉ PAR LA SAINTE ÉGLISE PEU CATHOLIQUE

-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? -Cette nuit j’étais au pays des Lestrygons, celui du chant X de l’Odyssée, où « les chemins du jour côtoient ceux de la nuit ». Une métaphore pour indiquer le lieu obscur où ne filtrent que « quelques minces filets et de lumière, plus pâles que le moindre lumignon », où est écroué le prisonnier dont j’ai relu la défense qu’il écrivit en latin, pour ne pas que puisse la lire et la déformer, la « foule insensée, vile populace, mer instable, aveugle tourbillon, lie de la terre, rebut du monde, ennemie impuissante de la vertu, foule criarde, fidèle soutien de la calomnie, foule infecte, ignare vengeresse de riens, foule aveugle qui n’a pas de nom, si ce n’est « Fama, malum quo non aliud…Tam ficti pravique… »(Énéide : Rumeur, fléau, plus rapide qu’aucun autre…).  -Olala ! il en avait gros sur le cœur. -Et oui, car c’est cette populace qui aboyait en relayant les écrits de son accusateur, le Révérend Garassus de « la Compagnie de Jésus » (sic) -Il est temps que tu me donnes le nom du prisonnier. -Oui, ses pages écrites en prison Theophilus in carcere, sont augmentées par Apologie de Théophile, sa requête aux Seigneurs du Parlement : Factum de Théophile et sa lettre au roi Louis XIII.  Théophile de Viau victime d’un pamphlet de mille vingt-cinq pages de Garassus la Crasse, à partir d’un livre attribué à notre « Libertin », en réalité monté de toutes pièces par son libraire (éditeur) escroc (il s’appelait Estoc !). Lors la machine infernale de la Sainte Église Catholique Apostolique et Romaine se mit en branle, on brûla Théophile en effigie, il fut arrêté, écroué à la Conciergerie, il subit plusieurs vagues d’interrogatoires, il fit la grève de la faim écrivit sa défense et subit à la fin des fins le bannissement, faute de preuves pour qu’il passe au bûcher. Mais il avait pris la mort dans le cachot obscur et un an après, à trente-six ans, s’en alla ad patres. Vous savez qu’une injuste race
Maintenant fait de ma disgrâce Le jouet d’un zèle trompeur, Et que leurs perfides menées, Dont les plus résolus ont peur, Tiennent mes Muses enchainées.  S’il arrive que mon naufrage Soit la fin de ce grand orage
Dont je vois mes jours menacés, Je vous conjure ô troupe sainte Par tout l’honneur des Trépassés, De vouloir achever ma plainte. […]   
Prière de Théophile aux poètes de ce temps

ET RETIENS TOUT AFFIRME ET ADDITIONNE

Et des sensibilités.

Et retiens tout, affirme et additionne, sur le chemin on est, on imagine, on, en majesté : tu es, nous sommes, et composant, et défendant, sans rien sur les épaules, sur le chemin un reste de soleil, des épreuves et des sensibilités, tout aurait penché sur le possible, tu y étais, tu tenais du plus loin au plus ensemble,

je cherche et je te tiens, du chemin au soleil pâle, sans y penser, des rivières de sentiments, cœur de diamant, et coupe, coupe, tu y penserais, tu te souviendrais, soutenant, en marche tu reviens, tu serpentes, pâle soleil et œil robuste, durement et encore, se donner, devant, en avant, sait-on, devant,

on ne sait pas, on ne sait rien, que reste-t-il, des aveux et des secrets, la mémoire, tu respires, tu tiens, sur le chemin tu donnerais un coup de pied aux herbes, aux branches à terre, frottement, écorçage, tempérament, défaut et solitude, une histoire pour dire les jeux oubliés, les rires effacés, larmes,

en chemin, porte et emporte, avance et recommence, abandon, le pied dans les aiguilles, sous un pin tu cherches, de branches en branches, écorces à bateau, et vogue, vogue, de la source au plus profond, on avance, tu respires, il y avait des enfants en partance, l’espérance du profond, de la source,

au grand fond, tu penches, tu regardes, les yeux sous les aiguilles, résine, comprenons bien, y sommes-nous, nous fûmes enfants, attirés de la source au plus profond, tu te noierais, tu irais entre les feuilles et les branches, arbres perdus, enfants abandonnés, poissons sous les cailloux, une feuille en surface,

assis au bord, le flot passe, s’il brûle en l’espace et au bord du flot tout passe, on cherche et on cache, tout glisse, je te demande, je te retiens, tu te penches, y sommes-nous, à l’horizon sans oublier, sans oublier, je suis à ta dérive, je te tiens, tu serres, que reste-t-il, des yeux souffrants, et on imagine,

on, en majesté tu es, nous sommes, et composant, et défendant, sans rien sur les épaules, sur le chemin un reste de soleil.

Michel Chalandon

lecture JJ Dorio 29 avril 2023

UNE MARGE DE LIBERTÉ

UNE MARGE DE LIBERTÉ étroite comme le cahier d’écolier qui recueille ses écritures dans le jour qui fuit En marge des recueils célébrés –toujours posthumes- Marge rage brûlée de mistral Marge margelle du puits où luisent de longs cheveux d’argile Marge lyrique pendue aux cravates de chanvre Marge circulaire clair bruit des mêmes soleils revenant des larges buffets de vieilles vieilleries En marge des vieux ports et des îles lointaines En marge des aphorismes sur le ring de points en points virgules Marge polyglotte traduite des silences Marge sans égards pour ce chapelet de poussière et d’ombres En marge d’un petit tour une volte dans les arènes sanglantes du siècle XX En marge de la censure de l’Âge d’or de la Curie Marge à la marge de la fin du siècle : paroles de théâtre, phrases de romancier, flashs poétiques, mascarades, vieux truc platonicien qui consiste à amener le lecteur dans la caverne et de lui faire croire que les choses sont réelles Marge margelle où s’asseyaient les pèlerins du bout des chemins La marge de chaque homme étranger à soi-même dans la vie reconstituée