Je dois manquer de fer dit Albert Qui n’arrive plus à monter la côte Qui le mène à son logis Demain : épinards Choux de Bruxelles Et brocolis Lui dit Albertine Qui se porte à côté de lui Comme un charme Ah ! non pas de brocolis dit Albert La dernière fois Ils m’ont donné la jaunisse Oh hisse oh hisse Dit-il pour s’encourager Mais le cœur n’y est plus Et d’ailleurs le lendemain dans son lit Il défaillit
QUE FAIRE DU MONSTRE DU KREMLIN ?
Poutine ne détruit pas seulement l’Ukraine, il détruit la Russie, il détruit la langue russe. Aujourd’hui, alors que ses bombardiers s’en prennent aux écoles, aux universités et aux hôpitaux, la langue russe me semble l’une des victimes secondaires de cette guerre affreuse. Andreï Kourkov (Journal d’une invasion)
QUE FAIRE DU MONSTRE DU KREMLIN ?
En lançant sa guerre d’extermination contre le peuple ukrainien, Poutine vient de récréer l’homo sovieticus, le citoyen zombie d’un état totalitaire. Il n’y a qu’un seul impératif catégorique pour nos fragiles démocraties, c’est d’armer les valeureux ukrainiens jusqu’aux dents, afin qu’au-delà de leurs sacrifices, ils puissent broyer, d’une manière ou d’une autre, le monstre du Kremlin.
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Sur l’Ukraine j’use beaucoup de papier que je froisse ensuite
et jette à la poubelle (de l’histoire avec sa petite hache)
Et cependant si
Parler est impossible
Se taire est interdit 1
Et le bâillon n’a jamais fait bon ménage avec la poésie
Aussi Poutine le Petit grimpe au néant
Je lui laisse sa page
Mais j’en prends le verso 2
Et j’objecte à sa bouche d’ombre semant haine et terreur
la pensée libre
échappant à la fin de la tragédie
à l’histrion sinistre qui tente de nous étouffer
Cet être de fureur, de sang, de trahison
Il faut qu’il reste horrible
Et finisse en prison 2
1 Elie Wiesel (à propos des camps d’extermination) 2 Victor Hugo (Les châtiments)
POÈMES EN VOIE D’EXTINCTION
Poèmes nécessitent Rumination et méditation C’est pour cela Que dans une époque Qui nous mitraille De tweets et d’agressions verbales Ils sont une espèce En voie d’extinction Enfants des mille désordres Nous étions secourus Par la pratique de la récitation Et du fou rire Quand la hache du non-sens Nous faisait dérailler Disant un mot pour un autre Enfants aux cheveux blancs Nous sommes l’immense minorité Qui persistons Cousant le monde de mille pièces À contre temps À contre courant Dans les remous Qui nous portent Ou nous noient
LA MUSE ALEXANDRINE
J’ai encore marché toute la nuit sans toi En restant immobile dans mon lit rêvassant J’ai marché sur la dune qu’on nomme le Pilat Sans me faire de bile puisque tu n’es plus là J’ai marché sur la lune comme Armstrong et Aldrin Faisant des sauts de puce avec l’ami Pierrot Ranimant sa chandelle pour écrire ces mots Au chevet de sa muse Madame Alexandrine Les temps sont difficiles pour ceux qui l’aiment encor Qui la choient qui l’entraînent dans des vers sautillants Qui lui cueillent des fleurs de houx et de bruyère Qui méditent en marchant lisant et écrivant Sonnets crépusculaires ou soleils persistants Sur les pages de rêves écumant sur nos grèves
UN BOUT D’OUATE DANS UNE BOUATE
Un bout d’ouate dans une bouate (c’est du pur Queneau) Un bout de doigt Orné d’une bague à Jules Et à Julie Un verre à dent Rempli de Badoit L’eau préférée d’Ève Et d’Adam Un coq qui coquorime Et un tchot Qui hulule O !U !O !U ! O Ursule Un paradis né de la boue La gadoue la gadoue la gadoue Un gars doux Qui composa Une nuit de brume Et d’ouate Cette fantaisie Qu’il conserva À l’abri Des assassins de la poésie Dans une bouate