LA FACE CACHÉE D’UN POÈME


pour María Dolores Cano


La face cachée d’un poème
Ici sur ce papier blanc blême
Sur ce papier l’art d’échouage
Où l’on essaie un mot puis l’autre
En reliant Tohu-Bohu
Guerre du Feu et de la Terre
à la modeste poterie
aux joies de l’homme d’argile
à la femme qui barbotine

La face cachée d’une pièce
Mise ici sur le papier
Barbotée bredouillée fouillée
Au bout des doigts de Soi de l’Autre

C’est réussi ou c’est raté
Savoir-faire n’est pas donné
Ici sur ce papier où l’encre
Le temps d’un poème…a coulé


UN TEXTE QUE PERSONNE N’A JAMAIS LU

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UN TEXTE QUE PERSONNE N’A JAMAIS LU

Voilà un texte que personne n’a jamais lu. Même pas son scripteur qui va au fur et à mesure l’inventer. Mais comme il ne croit pas en l’inspiration, il s’est donné quelques consignes, non d’écriture, mais de parlerie. Il s’est mis à parler et à déparler, de choses et d’autres, en proférant, articulant, criant, débitant, émettant, énonçant, exprimant, poussant, prononçant : toute émission étant préférable au silence. En même temps, il est en quête de clichés, expressions toutes faites, à qui il s’efforce de tordre le cou. Ainsi ce n’est pas le joug de la tyrannie, qu’il secoue, mais la joue d’Annie, son modèle, qu’il entoure de roses. Quand son exercice un tantinet oraculaire s’achève, il lui devient possible d’écrire enfin sur des feuilles blanches qu’il couvre de lignes d’un noir absolu. Ce texte maintenant peut-être relu sur un arbre perché ou appuyé à son tronc, en dégustant une pomme rouge ou verte, de celles que l’on peut voir en peinture dans l’atelier de  Cézanne ou d’Hokusai.

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NAISSANCES DE TEXTES  Ces commencements qui n’en finissent pas