Je m’amuse en rimant
Je rime en m’amusant
Je suis Charles d’Orléans
En prison chez les Anglois
Je suis Marot Clément
Entre les murs du Temple
Pour avoir mangé du lard
Pendant Carême
Je suis Guillaume Apollinaire
Tournant comme un fou
À la Santé pour une sombre histoire
De statues dérobées
Car aiment séquestrer les poètes
Les Assassins de la Poésie
Comme l’immonde Poutine
Qui aujourd’hui en Russie
Reprend les méthodes de Staline
Qui envoya les artistes crever en Sibérie
Martigues 10 janvier 2024
AP0CALYPSE NOW
Mais quel est le sens propre demandent les gens devant les poèmes imagés qui sortent du bois dormant
Dormant et causant à bâtons rompus sur le dos d’un temps enfermé dans des coffrets de santal
Cent ans de solitude et même un peu plus dit le conte à mourir debout au milieu des guerres à répétition
Les gens se figurent que c’est juste une audace de poète ancien qui écrivait d’oreille à Aurélia ses prophéties apocalyptiques
Dans l’hôpital de poupées éventrées dépecées que devient l’épouvantable monde les gens un bandeau sur leurs yeux ont besoin de croire que c’est juste une mauvaise publicité
CHOSIER IMAGIER SABLIER
UNE SUITE EN -IER
Rien de plus imparfait que le texte « à venir ». Il naît de mon bric-à-brac personnel, à nul autre pareil : -ceci dit sans la moindre forfanterie – : livres qui se tournent le dos, émissions de radio qu’il est impossible de réécouter, mémoire trouée et têtue qui se manifeste dans mes Bricollages – que j’écris depuis un texte patchwork de 1970 avec deux ailes.
Comme si chaque nuit, vous réveillant d’un premier somme, vous vous confiiez à la main qui écrit, et qui va, chemin faisant, vous révéler ce à quoi, sans cet outil fragile et précieux, vous n’auriez jamais pensé. Témoin cette suite en « ier » que j’invite tout lecteur véritable à prolonger :
CHOSIER : je rencontre le mot pour la première fois soixante-dix ans après que j’ai appris à lire et ça me fait tout chose.
MERDIER : je me souviens du merdier occidental, une expression issue de la pensée anticoloniale de Mai 68.
PLUMIER : assis sur le banc de nos pupitres, notre première action, avant les livres et cahiers, consistait à sortir notre plumier et d’en retirer le porte-plume, plum plum tralala.
IMAGIER : j’ai acheté le livre de dimension modeste naguère au musée des arts premiers ; l’on y voit des photos de bois sculptés, d’instruments de musique, des masques et des broderies d’indiennes Kuna offertes par l’ethnologue Michel Perrin. Et à côté des images, l’air de rien, on peut lire la citation d’une chamane goajiro, d’un chinois cherchant la voie, de Paz, de Klee et d’anonymes inspirés : tout art est agitation et non description.
SABLIER : chacun le sien, mais à la fin, c’est un autre que soi qui le retournera.
RIEN NE SE PASSE
Rien ne se passe
Si ce n’est ce stylo
Dont la pointe fine
Passe et repasse
Sur l’espace
De cette page
Le temps de noter
Images et rêves
Où alternent
Sens et non-sens
Être et non-être
Jusqu’à la mort
Du texte
À moins qu'un lecteur
Ne le revisite
Et le fasse proliférer
CENTON 46 à 50
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