LE RELAIS

Pour un poème qui apparaît sur poésie mode d’emploi, cent demeurent cachés, ébauches, esquisses, obscures clartés.

Sont-ils morts pour autant ? Ou bien ratages à l’œuvre, pièces brûlées, nos soleils noirs ?

Si nous avions réponse, nous cesserions sur le champ, nos cessions d’écriture.

Ainsi tant bien que mal, continuons, nous les obstinés, nous les demandeurs que d’autres prennent le relais d’une poésie, sans mode d’emploi.

JUSTE UNE PHRASE

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Juste une phrase, comme on se jette à l’eau, sans alibi, sans aboli bibelot, sans être sûr que l’on en viendra à bout.

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Cet être étranger à moi-même, invente sous ma plume légère et court-vêtue, le terme d’étrangéité.

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Bien des gens me connaissent, mais peu me reconnaissent.

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On a beau l’aimer, le cor au fond du bois, ne guérit pas le cor de notre orteil droit.

TOUT ET RIEN

Tout l’atlas devenu fou

Les meurtres et les blessures

Tout l’hubris du Russe menteur

Le sang des tragédies versé

Sur la page

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Rien qu’un rêve saoul

De paix universelle

La mer la mort à boire

La pourriture noble pervertie

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écrire un poème, persister au temps des tragédies

« nous ne savons jamais qui nous sauvons quand nous écrivons

comme nous ne savons jamais qui (en définitive)

nous a sauvé quand il écrivit hier »

(lire le commentaire)

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LECTOR IN PARAÏSO

C’est toi qui le liras…le relieras au dévoreur de livres…doigt et lèvres marqués du sang noir de l’imprimeur…

Ou bien tu seras ce lecteur en alerte… à l’affût…qui ne sachant pas d’où va venir le gibier… s’efforce d’instaurer une patiente d’alchimiste… points en suspens…et contrepoints des arrêts sur images…

Lecteur boulimique et retenu…le doigt suivant la ligne… puis les yeux fermés prolongeant la rumeur du monde des signes…le cœur au ralenti…ou saisi d’une frénésie sauvage…

Tu poursuis le rêve insensé d’échanger avec ton LECTOR IN PARAÏSO quelque sortilège verbal…de le multiplier (sic) en nos voix communes et singulières

En des textes labyrinthiques cherchant l’au-delà de jours fracassés par l’actualité

Si par une nuit d’octobre lire c’est aller à la rencontre d’une chose qui va exister

LECTOR IN PARAISO Encres Vives collection Encres blanches n° 155 juin 2004

Réécriture 8 octobre 2025

LECTOR IN PARAÏSO le photographe a mangé le LECTOR

PASSES

C’est comme un pont traversé et retraversé car chaque fois on oublie ce qu’on allait chercher sur l’autre rive

C’est l’olive de la récolte plus amère que le noir de tes yeux dans ta nuit définitive

C’est la mort qui nous frôle et que nous attendons de pie ferme sur nos pieds s’aidant du chiffon rouge pour écarter l’intruse

C’est le rêve des Égarés tout repère effacé toute trace perdue

C’est la dactylographie scrupuleuse de chacune de nos rêveries

Ce sont nos barbares civilités