OUBLIEUSE MÉMOIRE 123/126

…l’honnête témoignage de sa mémoire, un amoncellement de choses brisées, pacotilles miroitantes ou éteintes, désassemblées, et que nul ciment ou fil d’or ne relie.

Jean Vilar, Chronique romanesque.

123

À corps perdu tu écris les paroles entendues dans la rue que tu mets en musique verbale

124

Tu te souviens du trou de mémoire de Michel Bouquet jouant Pozzo personnage d’En attendant Godot sur la scène du Palais des Papes en Avignon le 16 juillet 1978 (précisément)

125

Tu aimes l’âge de la retraite venu (depuis belle lurette) cultiver cette faculté décriée : l’oubli, le bel oubli

À mesure que je vois

J’oublie j’oublie

J’oublie tout ce que je vois

Jean Tardieu

126

Poème naît d’effacement / De longue errance dans les livres/ D’un moi pluriel qui réalise/ L’alliance de Mémoire et d’Oubli / Usant de métaphores vives et d’ironie

DISPARITIONS XVII

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords,

sont de mon cru.

Disparition XVII

Philippe J.

114/120

115

MÉMOIRE OUBLI C’EST UN PEU COMME

Comme le tableau noir d’une école communale accueille le grand art enfantin à coups de craies plus blanches qu’un fond de Constellations de Joan Miró

Comme si la nuit on ne touchait plus terre

Comme si la nuit on y voyait les yeux fermés

Comme si la nuit on se noyait dans l’écume des jours

Comme si la nuit l’arbre de la Paix remuait encore

Comme neige les mots fondent sur la page vierge

Comme des haïkus langoureux

Un chœur de petites voix

« como di neve in alpe sanza vento » Dante

Comme neige sur l’Alpe un jour sans vent

DISPARITIONS XVII

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

AVANT LIRE

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Chaque Disparition se compose de sept fragments.
Ils paraîtront sur ce blog du lundi au dimanche,

DISPARITION

XVII

Philippe J.

114/120

114

CE PEU DE BRUITS

Comme si un homme très voûté lisait un livre à même le sol

Sa dernière lecture

Comme si l’on s’élevait de quelques mètres au cours de sa marche, pour voir un peu plus loin devant soi.

Comme si une figure dont on ne verrait que le dos vous invitait gracieusement à entrer dans la nuit la plus claire jamais rêvée

Feuillages qui s’apaisent devant la nuit, portant l’espace – comme tous ces oiseaux cachés dans le grand laurier commencent enfin à se taire.

Le reflet des lampes sur la vitre. Poèmes comme un reflet qui ne s’éteindrait pas fatalement avec nous.

LE CIEL EST D’UN BLEU QUI JUBILE

On reprend le chemin de la mer

Juste le jour où tu nous a quittés

Il y a si longtemps à présent

.

Toi qui es devenue l’épouse et la mère en allée

Roulant le soleil noir de sa nuit définitive

.

Le ciel est d’un bleu qui jubile

Tu serais si heureuse de nous accompagner

Avec nos filles petites filles et petits fils

À la plage que l’on nomme Beauté

.

In memoriam

Jo Dorio

(10 avril 1952-25 mai 2014)