Comme au bon vieux temps
Quand nous parlions littérature
-Et qu'est-ce que tu écris en ce moment?
Un petit roman sur les dernières paroles
prononcées ou écrites par la main du défunt
Comme au bon vieux temps
Quand nous parlions de nos amours
En buvant un bourgogne de derrière les fagots
Sur un cassoulet façon mère Dorio
Comme au bon vieux temps
Quand nous parlions politique
Du matérialisme des superstructures
Et de la puissance des masses
Qui s'excusaient de ne rien comprendre à nos laïus
Comme au bon vieux temps
Quand nous chantions tout notre saoul
le déserteur et le gorille
ta Cathie t'a quitté
et ce fameux trois mâts
fin comme un oiseau
Comme à la fin des temps
Quand nous ne parlions plus
Cancer du larynx
Sur notre ardoise d'écolier
Nous faisions tinter nos craies
Pour un dernier message
estos días azules y este sol de la infancia*
ces jours d'azur et ce soleil de l'enfance
*dernier vers écrit par Antonio Machado à Collioure
NAGES
Tu nages dans le fleuve du temps
Tu ne sais pas si c’est un rêve d’endormi ou d’éveillé
Tu nages dans les pages des livres en feu de Gary
Tu ne sais pas s’il s’agit d’un oxymore ou d’une traduction de gary issue du russe
Tu nages dans la mémoire circulaire de l’oubli
Tu essaies toujours de ruser entre l’imaginaire et la réalité

DE NUIT EN NUIT
Ainsi de nuit en nuit tu dénuites
Tu tisses et tu détisses
Des lignes inédites
Et le poème se faisant
Tu t’oublies dans des rimes
D’un autre temps
.
Ainsi de nuit en nuit tu dynamites
Fragments fusées cœur mis à nu
Instants précieux
Qui sonnent sans raison
Mais non sans résonances :
Les mots c’est de la poudre blanche
Et c’est Nerval, clinique Blanche,
Imaginant ses filles de feu
.
(la suite manque
c’est pour une autre nuit
où nous mettrons en scène
nos fantaisies immémoriales)
POÉSIE NE FAIT PAS DE VAGUES
Poésie ne fait pas de vagues
Elle vogue de nuit en nuit
Sur la barque d’un Anonyme.
Fanal, feu latent, exercice,
Poème en rupture, brisures
Que l’on recolle pièce à pièce.
Les mots viennent de toute part
Mais il faut les laisser passer
Ou bien les isoler en chambre
De décontamination.
Sans livre à portée j’ai du mal
J’ai du mal sans papier stylo
Mais persiste la tête pleine
De tous les poèmes nourriciers.
À la fin sans pouvoir me plaindre
Sans voix sans oreille et sans yeux
Je n’aurai alors pour survivre
Que les mots sur les lèvres
De celles qui m’ont aimé.
ÉC/RIRE
Lutter par le rire, notre vieille arme, contre tout ce qui dépasse mes forces et ma raison, puisque l’indignation elle-même devient aujourd’hui dérisoire dans sa futilité.
Romain Gary
Écrire c’est mon dada
C’est dire non au sang versé durant la grande boucherie de 14-18
Écrire c’est ma crise de verres, grossissant la recherche d’une pensée imprévisible, accouchée sur le papier, après sa recherche par des chemins de traverse
Écrire c’est tousser en proclamant tout sait :
la pierre, l’air, le feu, la mer, la nue,
un trou de verdure où chante une rivière.
Écrire es amor que nos tranfigura !
Écrire une nuit transfigurée
Et laisser rire
Laisser se déployer l’éphémère
sans paternité