Trois poèmes embrouillés Chants d’hiver Fin de l’année Ne leur jetez pas d’anathèmes Faites plutôt grandir leurs thèmes : Ne pas vieillir Ne pas haïr Et toujours à contre-courant Dire ses quatre vérités 1 Comme pour s’empêcher de vieillir Troubadour chantait à sa dame Amour Mais par crainte de se faire occire Le nom de sa dona restait secret (C’était comme une énigme Proche du chant des Sirènes Qui perdait les navigateurs Exceptés ceux dont les oreilles Sentaient la cire) Comme pour m’empêcher de vieillir Je prose ces vers maladroits Pour celle qui me fit connaître la Joie Et qui cent fois hélas N’est plus 2 Même Juive ou Sarrazine Un vers traduit de la langue d’oc Dit bien que le désir Transcende les préjugés Ab atraich d’amor doussana Par l’attrait de douce amour La plume d’un troubadour Élève la voix vers la beauté À contre-courant des malédictions Sources des guerres de religions 3 Chant d’amour pareil au cœur d’un jeune enfant Qui attend pour s’endormir Le baiser de Maman Chant de mort La douleur sans espoir que nul ne peut conter Et toi ô cher Esprit Tu chantes l’un et l’autre Joie et Tristesse Tristesse et Joie
L’ANIMAL DU TEMPS
Je suis l’animal du temps 1 Je suis l’animal on est mal 2 Je suis le bœuf et le taon Je suis l’animal symbolique Des récits poétiques Je suis un lecteur chronique des Temps perdus et retrouvés Je suis le présent transfiguré Je suis l’absent de tout testament Je suis le serf et la biche de Jésus Roi du Paradis 3 Je suis le faiseur d’uchronie Je suis l’idiot qui fait le Jacques Je suis Cézanne sur le motif Dans le bois de pins hiératiques Qui surplombent ma maison Je suis celui qui muscle sans cesse sa mémoire Pour ne pas perdre le fil de ses anachronies 1 Jean Tardieu 2 Gérard Manset 3 François Villon
LES MOTS NE VOLENT PAS
Les mots ne volent pas Même s’ils ont des ailes Qu’ils déploient parfois la nuit Comme des colibris Les mots ne chantent pas Même s’ils ont des voix Qui font vibrer les lèvres Des amoureux fervents Les mots ne délivrent pas Des affres de l’agonie Les mots pourtant aussi Quand bien même lancés Du fond d’un naufrage 1 Ouvrent la voie Si l’on veut bien les accueillir Sans impatience Ni que rage 2 1 Mallarmé 2 La Fontaine
SUR LE PAPIER EN SILENCE
Sur le papier en silence Sur les minuits passés de deux Sur un air dans ma tête (inventé Que nul ne sait) Sur la nuit et sa béance Sur E égal MC2 Sur ma plume qui s’entête Sur Montaigne et ses Essais Sur la montagne Sainte Geneviève Sur le Panthéon de Soufflot Sur le souffle de Voltaire et d’Hugo Sur Jean-Jacques citoyen de Genève Sur Jean Jacques dont le nom est Dorio Sur le loriot et ses sept plumettes Sur le carnaval de Rio Sur la petite marchande d’allumettes (Je laisse au lecteur le dernier mot)
LES YEUX DES CHATS
les yeux des chats le shah d’Iran le c. d’Irène la p. respectueuse le théâtre Antoine Antonin Artaud Artaud le Momo la momie de Pharaon Pharoah Sanders le sanders pour nourrir les cochons Son cri quand on le saignait dans ma rue sur la maie les Mées de Haute Provence et leurs roches de poudingues la punaise verte le bernat-pudent (prononcez le int d’intelligence) l’intelligence artificielle la mémoire involontaire l’archéologie du savoir Marcel Proust archéologue de soi-même le Monde Autre des shamans le chamanisme des charlatans tante Yvonne priant quand le grand Charles attend et Dieu dans tout ça ? comme disait Satan et Freud revisité par ce diable de Lacan le mandarin et la mandarine et Pereira prétend un mantra d’Antonio Tabucchi la nostalgie du présent un de mes recueils de poésie publié à Encres Vives le desassossego livre de l’intranquillité le veuf le desdichado l’inconsolé et l’inflexion des voix de cette suite ininterrompue