LA JOIE QUI SIED AUX ÉPHÉMÈRES

Écrire sans raison, c’est ma raison d’écrire. On l’entend sans la voir ma bouteille à la mer. Source des nuits qui la remplit d’une eau discrète. On la voit sans l’entendre en ses formes distinctes : fiasque, fiole, fillette. Écrire sans raison mais non sans résonner sa douleur,1 ou faire résonner son cœur, quand courent sur les lèvres, le désir de chanter l’air, l’eau, le feu, la terre. Libertad bajo palabra 2, liberté sur paroles qui cherchent à travers mon écriture, le Je-ne-sais quoi et le Presque-rien, entre le rayonnement du sens et le contrecoup des signes ! Puiser ainsi dans Jankélévitch donne le tournis, tant le philosophe de « la manière et de l’occasion » manie le jargon. Mais en même temps, le philosophe du Quai aux Fleurs (où il résidait), libère une énergie qui défie l’expression d’un temps pur, « qui est le mode d’être du faire-être » (sic). Tout est, en effet, dans « la manière et l’occasion » : Matisse paralysé utilisant ses ciseaux pour faire danser sa « femme en bleu », ses fleurs-oiseaux ; Rimbaud « notant l’inexprimable ». Un rapace trace le ciel blanc comme un livre Je l’écris et glisse la feuille dans ma poche Elle est trouée comme il se doit Elle est Bohème et Joie distanciée qui sied aux Éphémères.    

1 Alphonse de Lamartine Octavio Paz

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

AMOUR AMOR

Je ne sais pas ce que tu sais
Tu sais je n’ai pas oublié
Les mots doux que tu me disais
La mort n’est rien la vie est tout

Tu ne sais plus ce que je sais
Cinq ans déjà que se sont éteintes
Les lumières de tes pensées
Les saveurs d’exister

La joie de nous entendre
Chanter cette rengaine
Sur le sable et la mer
Toujours recommencée

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

Je poste mon poème du jour à 3h35. Il s’intitule Amor. C’est une entrée de mon livre qui vient de paraître « un dictionnaire à part moi « . A 3h36, la fenêtre de mon blog m’informe de mon premier lecteur : il vit au Cameroun !

CHANTS D’HIVER FIN D’ANNÉE





Trois poèmes embrouillés
Chants d’hiver Fin de l’année
Ne leur jetez pas d’anathèmes
Faites plutôt grandir leurs thèmes :

Ne pas vieillir
Ne pas haïr
Et toujours à contre-courant
Dire ses quatre vérités

1

Comme pour s’empêcher de vieillir
Troubadour chantait à sa dame Amour
Mais par crainte de se faire occire
Le nom de sa dona restait secret

(C’était comme une énigme
Proche du chant des Sirènes
Qui perdait les navigateurs
Exceptés ceux dont les oreilles 
Sentaient la cire)

Comme pour m’empêcher de vieillir
Je prose ces vers maladroits
Pour celle qui me fit connaître la Joie
Et qui cent fois hélas
N’est plus 

2

Même Juive ou Sarrazine
Un vers traduit de la langue d’oc
Dit bien que le désir
Transcende les préjugés

Ab atraich d’amor doussana
Par l’attrait de douce amour
La plume d’un troubadour
Élève la voix vers la beauté
À contre-courant des malédictions
Sources des guerres de religions

3

Chant d’amour pareil au cœur d’un jeune enfant
Qui attend pour s’endormir
Le baiser de Maman

Chant de mort
La douleur sans espoir que nul ne peut conter

Et toi ô cher Esprit
Tu chantes l’un et l’autre
Joie et Tristesse Tristesse et Joie

MANIFESTER sa puissance d’agir





Nous ne naissons pas libres, nous le devenons. Si la liberté politique doit certes protéger de la violence et garantir certains droits, sa véritable fin est de permettre à chacun de développer et de manifester sa puissance d’agir.      Jean François Billeter





Manifester sa joie Ce n’est/ qu’un début/ Continuons le/ Combat Manifester sa peine Et nos amours autant qu’il m’en souvienne Manifester en ce long moment hors temps de Mai 68 ou le rêve d’une grève générale réalisé.e Manifester en faisant les affiches collectives des Beauz’Arts qui faisaient dire aux peintres qui avaient quitté leurs ateliers L’art c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art Manifester dans son usine qui n’avait pas été occupée depuis 36 Manifester ce désir d’art de vivre non programmé Manifester nos paradigmes humanistes perdus et retrouvés Manifester nos solidaritudes avec les personnes vivantes – et bien vivantes- à nos côtés Manifester avec Edgar Morin (l’heureux centenaire) la mise à distance de ces fameux concepts mis à toutes les sauces et qui nous saoulent : L’abstraction formalisatrice a fini par se prendre pour la quintessence de la réalité alors qu’elle en est la déshydratation Manifester avec grand soin son autodérision souffrant d’insomnie échangerais mes écrits de plume contre un sommeil de plomb Manifester son goût du pastiche et du pastis de Marseille : le meilleur argument contre la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur de Mariani Manifester son côté marxiste tendance Groucho : si votre esprit s’égare, plus tard vous le retrouverez, mieux ça vaudra Manifester son désarroi devant tout manifeste sans contenu latent : Si vous avez compris, vous avez sûrement tort Manifester cette anaphore qui donne le tournis Manifester ces caractères pendant les uns aux autres qui s’agrippent et s’engrènent dans un réseau réfractaire à celui-là même qui l’a sécrété Manifestez !





miró vignette Mai 68 tableau 200×200 cm

L’ART N’EST QU’UN JEU





1

L’art n’est qu’un jeu

Mais il faut jouer avec la joie

Et le sérieux de l’enfant

Qui s’oublie dans son Je naissant





Je te l’écris « plié de rire »

Et secoué de pleurs

Ça peut aller de pair





Dis la vie quand reviendras-tu ?

Quand sonnera l’heure

De la grande réouverture ?

Du souffle des tragédies

Et des comédies

Déployées sur la scène de la Cour d’Honneur

Ou dans les 24 images par seconde

D’un cinéma où rêvent

Nos inconscients





L’art n’est qu’un jeu

Mais trop masqué

Ce n’est plus du jeu

Mais une mascarade

A dit l’enfant

En tressant son berceau

De laines et de brins d’osier

Dont on fait les rêves





27/01/2021

2

ÉCOLE (et poésies)





J’ai tendu une corde de clocher en clocher,

et je danse.

Mon maître d’école avait inscrit la phrase sur une banderole

qui flottait sur nos têtes.





Moi, quand j’ai été instituteur,

j’ai remplacé le danseur de corde

par Moi dans l’arbre

T’es fou tire pas !

C’est pas des corbeaux

C’est mes souliers

Je dors parfois dans les arbres





Ha!ha! On en a fait des lectures et des variations

sur ce dormeur dans son arbre

Comme « le paresseux » accroché au palmier, au milieu d’une cour d’école,

de Caracas où j’enseignais le français à de jeunes enfants.

Des infantes plutôt, des fillettes à l’esprit vif et sautillant.

-Profé ! profé ! comment dit-on « pereza » en français ?

– On dit « paresseux ».





Dame souris trotte Rose dans les rayons bleus

Dame souris trotte : debout paresseux !





Avec Rimbaud, Vincensini et Verlaine.

3

Écrire n’est pas qu’un jeu…mais un peu tout de même.

Un jeu où l’on écrit avec le sérieux et toute la joie de l’enfant qui joue.

Un jeu où l’on suit des règles, bien qu’on aime les changer tout le temps.

Sauf cette main réglée, sur l’orthographe exacte, sur le sens et le non-sens,

les mots en vadrouille, mais tenus, même en faisant quelques écarts,

par la langue françoise.

On taille, on coupe, on bêche.

Et quand le journal, au sens du travail d’un jour, est fini,

on plante là ses outils jusqu’au prochain exercice,

et on passe à autre chose.

Sauf que, en ce qui concerne précisément, celui qui trace cet écrit,

son journal essentiel, se déroule la nuit.

Comprenne qui pourra.

Ceux qui dorment la nuit sont hors-course.

Les autres, éveillés, mais qui luttent pour dormir,

tournant et retournant leurs insomnies,

font un mauvais calcul.

Quand la nuit remue,

il faut sauter sur son manège,

et laisser aller.

Ça apaise, ça écrit.





13/07/2020