MON PETIT MÉTIER

« Voilà ces lignes 
qui à peine le temps d’y penser
Sont au cœur

de mon petit métier »

Écrites avec une main

apparentée à celle
de Tchouang Tseu
(si l’on veut)

Je connais en effet
toutes les histoires

du philosophe poète
ayant vécu en Chine
au temps de Socrate
(à peu près)

Celles du boucher
du charron
de l’empereur jaune
et les autres
Illustrants tous les artisans
qui excellent
dans leur métier

Le mien en revanche
est tout petit
mais j’en ai fait
un recueil publié
qu’heureusement
personne ne lit

Sauf ceux et celles
qui savent
que poèmes partagés
permettent de supporter
nos découvertes verbales
et nos vulnérabilités

de la mémoire

la mémoire est un puits sans fond 
illusoire est le regret de ne pas retenir
les mille et un mots qui ont tissé nos vies
les visages et les voix et le grain enfoui
.
la mémoire du chat sous mes yeux
qui saute à qui mieux mieux
vers les mouches de nuit
.
la mémoire du coq
la mémoire des morts
la mémoire d’un spectacle qui nous enchanta
la vie rêvée le rêve d’une vie
.
la mémoire des mains dans la grotte de Gargas
la mémoire d’un air de jazz à Châteauvallon
les volutes du cigare de Mingus
et le pin sous la lune d’Antibes
.
la mémoire auditive répétée des indiens panaré
la mémoire des enfants psalmodiant du Prévert
du Villon et du Jules Supervielle
.
la mémoire absente des têtes sans passé ni avenir
la mémoire des lunes successives
la mémoire enfin que coupe la faucille du long temps

les choses essentielles

Les choses essentielles

nous voulons les dire 

avec des poèmes

– Quelle prétention! –

Les choses essentielles

et leur Beauté

Qui n’existe ni ne préexiste

mais qu’il faut forger

La Beauté et ses mille façons

qu’ont les Poètes de la côtoyer

Ou de l’éreinter

Les choses essentielles

nous voulons les dire

avec des poèmes

Contradictoirement

et légèrement…

en cette seconde vie

Que le rêve révèle

et que le verbe dit

ATARDECER

Sur la terrasse un petit air du soir
Fait se mouvoir les feuilles de vigne
Accrochées à la pergola
Et les bignonias

Tu écris sur une feuille qui traînait
Posée sur la table en bois d’eucalyptus

En haut c’est le ballet des gabians
Et le premier martinet
Que tu n’aurais pas aperçu
Si tu n'avais rejoint ton hamac bariolé
Tissé en Ecuador

C’est le soir
qui s’attarde
el atardecer
Dire mieux
Tu ne sais