POUR MÉMOIRE 36/40

et pour oublier le temps

36

Je me souviens de mon petit vélo rouge avec lequel je faisais le tour du village à toute berzingue

37

Je me souviens de quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour

38

Je me souviens de Marinette à qui Brassens voulut offrir pour ses étrennes un p’tit vélo mais hélas la belle la traitresse s’était payée une auto

39

Je me souviens du petit conservatoire de Mireille qui était aussi le prénom de notre voisine quand nous habitions à Paradis Saint Roch

40

Je me souviens de mon pote le gitan et de mon pote Juan rencontré au festival d’Avignon pendant la création d’Einstein on the beach

MAI 68 un commencement qui n’en finit pas

21/68

L’ENCHANTEMENT LUCIDE

Peut-être que nous ne sommes plus beaucoup à garder en soi « l’enchantement lucide » que nous vécûmes dans l’écume et la profondeur de Mai 68. Il revient parfois sans que l’on s’y attende, un demi-siècle après, dans une marche solitaire au milieu d’une ville où l’inattendu nous éclaire, nous hypnotise, réveille en nous, ce à quoi, les gens qui circulent alentour semblent ne plus croire : le mariage, entre humour et gravité, de l’espérance intime, avec l’Utopie politique d’une révolution permanente partagée, mais sans violence aucune.

DIVAGUER DANS L’AZUR courriel 77

77

G.A. à P.V.

Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir

P.V. à G.A

Patience, patience

Patience dans l’azur !

Chaque atome de silence

Est la chance d’un fruit mûr !

.

G.A. (26 août 1880-9 novembre 1918) le génie poétique de ce Guetteur mélancolique éclipsait tous les autres

P.V. (30 octobre 1871-20 juillet 1945) Il naquit à Cette et repose dans le cimetière marin de Sète

DISPARITIONS

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Disparition XIV

Michel Leiris

93/99

96

POUR LE MOMENT IL N’Y A PAS À EN FAIRE TOUT UN ROMAN

« Redisons-le, après d’autres, puisque la banalité mérite une place dans un éloge de la douceur : un écrivain, en tant que tel, est une sorte d’éponge informe, molle et fade. Qu’il ait, par ailleurs, des opinions, une personnalité, une culture, de l’intelligence, après tout, pourquoi pas ? Mais ce n’est pas ce qui détermine son travail. » Stéphane Audeguy (Éloge de la douceur)

Une disparition, certes, mais dans des circonstances si floues, qu’il faut laisser la primeur, pour le moment, à quelques lignes d’un échotier. Mais, quand même, à tout hasard, je note le nom et l’adresse : Pascale Charpelotte, place Henri Bergson, 8°.

Car autant le dire d’emblée, je suis dans cette phase inédite pour moi, où, après un premier roman qui a plutôt « bien marché », son éditeur m’a fait signer un contrat, dûment rémunéré, pour un second. Et donc, avant de m’y mettre vraiment, j’accumule les matériaux de récupération. Ceux que je lis dans mon journal, que je collecte copié/collé sur Internet, les faits-divers et les commérages, et ceux que je sors du bric-à-brac de ma boîte à outils personnelle.

Toujours assez émouvant les confidences d’écrivains, même si ça ne doit pas empêcher ses lecteurs de les ignorer.