des poèmes
en veux-tu
en voilà
des poèmes
en voiture
Simone
des poèmes
en voix
de tête
de blues
et d’opéra
des poèmes
en voulez-vous
en voile
en joue
en vous
des poèmes
tirés du cri noir
d’un milan
des poèmes
de ballades
et d’envois
des poèmes
d’espaces
d’éboulis
des poèmes
qui disent
le contraire
de ce qui est dit
des poèmes
battements
d’elle
fragile beauté
des poèmes
panne
d’électricité
des poèmes
d’espèces
d’espaces
des poèmes
je me souviens
des poèmes
amnésies
anamnèses
des poèmes
disparition
et vie
mode d’emploi
des poèmes
sous influence
de Perec
des poèmes
qui virent
de bord
des poèmes
qui traversent
le ru
des poèmes
rutabaga
et radis noir
des poèmes
écrits
sur le pont
de Brooklyn
le premier mai
2018
des poèmes
du milieu
de l’empire
des poèmes
qui en pincent
pour Li Po
et Wang Wei
des poèmes
du passage Montaigne
des poèmes
plus légers
que la folle avoine
des poèmes
qui sortent d’un encrier
des poèmes
de pierres de rivières
des poèmes
de forêts de bambou
des poèmes
d’un rameur
couché dans sa barque
toute une nuit
des poèmes
que personne
ne connaît
des poèmes
d’un poète
qui a perdu
la voie
des poèmes
d’un crayon
de papier
écrits d’un coup
la nuit tombée
des poèmes
tu te souviens
ma joie
des poèmes
tristes à mourir
des poèmes
de cimes et d’abîmes
d’accents circonflexes
des poèmes
circonspects
complexes
des poèmes
de toutes les manières
des poèmes de peu
qui brûlent à petit feu
des poèmes
de petites bouches
n’en déplaise
à Victor Hugo
des poèmes
de houx vert
et de bruyères
en fleur*
*Victor Hugo
des poèmes
clos et ouverts
des poèmes
plus noirs
que blanc
des poèmes
courants d’air
des poèmes
coups de vent
des poèmes
roulant des pensers
qu’on ignore*
*Théodore de Banville
des poèmes inspirés
mais que la main
retient
des poèmes
sept fois sur la langue
tournés
des poèmes arrêtés
art était
cette rime équivoquée
des poèmes
de marbre
du journal quotidien
des poèmes archipels
dans les marges de l’Odyssée
des poèmes cyclades
des poèmes recyclés
d’une autre poétique
sans dieux qui vivent
des poèmes d’esquives
des poèmes
rien d’autre
des poèmes
grains d’orge
pour le petit Georges
des poèmes
de grand-père
lorsque l’enfant paraît
paré de mille attraits
des vers du père Hugo
des poèmes
enfin
en attente
en vain
des poèmes
non-nés
de la dernière
pluie
des poèmes
de passage
sur ton cœur
qui s’ennuie
des poèmes saltimbanques
géomètres incertains
des poèmes étincelles
errant dans leur zone d’ombre
et de soleil
cou coupé*
*Apollinaire
CHAQUE JOUR JE RENAIS
Chaque jour je renais
Savoirs saveurs sagesse
Croyances bonnes ou sottes
Sautes de vents mauvais
Ou bien Midi le juste
Pour les hôtes du boulevard des Allongés
Consolation ces vers
Me tiennent compagnie
Plutôt que soupirer
Geindre Prendre à témoin
Ami(e)s Tous ceux et celles
Qui ont connu l’issue
Griffes ronces égratignures
Un peu de sang sur l’or du temps
- C’est bien trop de littérature
me dit l’araignée de la nuit
Le marchand de sable est malade
Babel va bientôt s’effondrer
MOTS PERDUS SANS COLLIERS
Entrez et installez-vous
Sur ma balançoire
Le branle pérenne des mots
Et des choses
Perdues sans colliers
La chaise de Van Gogh
Le billard du café
Les concours de belote
Où l’on revenait
À l’aube
Le pull puant le tabac
Et notre promenade erratique
Une nuit que nous cherchions la lune
Aperçue par Vincent
Cent ans auparavant dans les Alpilles
L’INSTANT QUI DONNE PRISE
Après des jeux qui s’enchaînent et nous font échanger des paroles ailées Moi le grand-père enfant Lui le petit-fils qui fait ses gammes à l’école maternelle Le voilà muet plaçant les pièces d’un jeu de bois comme font les joueurs de go J’en profite pour lire un texte dont personne – à ma connaissance – ne parle plus Un instant précieux qui donne prise et désarme le sinistre ruissellement du temps*
* Michel Leiris (Le ruban au cou d’Olympia)
RIEN NE M’EST SÛR QUE LA CHOSE INCERTAINE
Personne à qui souhaiter
Avant d’éteindre la lumière
La bonne nuit
Tu te rabats alors
Sur un vers
Puisé dans une ballade célèbre
Qu’écrivit pour un concours
François Villon
Le vers oxymoron
Va tourner dans ta tête
Comme une forme amie
T’aidant à te confier
Au sommeil de Morphée
*
le vers titre de ce poème
illustre le thème du concours de Blois
destiné à la virtuosité de quelques poètes
à qui l’hôte Charles d’Orléans
anticipant les pratiques de l'Oulipo
avait donné comme vers premier
Je meurs de soif auprès de la fontaine