L’HOMME EST D’ARGILE

 
J’ai eu la bougeotte  – qui ne l’a pas eue ? –
manque de jugeote c’est coutumes et us -         
Je me suis posé – surtout pas Assis – 
une façon d’oser affronter ses chimères
et monstres, chevaux échappés…
Notant leurs méandres les enregistrant   
 
Et ensuite que faire de mes inepties, mes folles manières :
les livrer aux psys ?   
Surtout pas sœurette, car tenir sa plume
C’est la tête en fête, la sortie de soi à moindre frais.
      
C’est tenir ce rôle où s’enregistre sur papier blanc
ce qui nous traverse l’esprit 
Chaque jour fabulant inventant nouvelles fantaisies
Pour voir un peu, chemin faisant,
lesquelles il faut suivre et lesquelles écarter
lesquelles croire et lesquelles déprécier.
   
Et vous lecteurs infidèles c’est ainsi que vous êtes ?
C’est ainsi que vous battez le sable sous le pavé ?
Que vous vous mouvez entre la bouteille et le jambon ?
Un peu d’humour que diable !
Si vous ne voulez pas être l'âne de Buridan au comble de l’irrésolution
le dindon de la fable !   

Et vive la diversité et à chacun ses bonnes rencontres
Homme approximatif comme écrivit Dada
Ni charbonnier ni libertin ni bel ara
L’homme est d’argile
Et que souffle la liberté !
 
 

* mettre en rôle: expression de la langue judiciaire; 
chez Montaigne c’est « écrire », « enrouler » ses pensées
dans leur désordre natif.
L’HOMME EST D’ARGILE : sentence écrite en grec
sur la poutre de « la librairie » de Michel de Montaigne
 

CHERCHANT LE POÈTE ET NE LE TROUVANT PAS

 

le temps te dévisage
tu soutiens un temps son regard
puis tu t’éloignes
comme absent de cette histoire
avec sa petite hache
 
cherchant le poète et ne le trouvant pas
il est allé cueillir des simples
mais la brume est épaisse
je ne peux vous dire où il se trouve au juste*
 
*Ji Dao (779-843) époque Tang
traduit par J.F. Billeter

CE QUE N’EST PAS ET CE QU’EST POÉSIE MODE D’EMPLOI

 
« La culture numérique exige des formes nouvelles et toujours changeantes de savoir-lire,
de savoir-faire – une compétence numérique » Milad Doueihi
*

CE BLOG S’ADRESSE AUX LECTEURS NUMÉRIQUES SANS PAPIERS.
Et pourtant c’est un être réel qui l’écrit, d’abord à la main,
sur  des carnets de toute taille, des cartes blanches
ou de couleurs, de divers formats, des marges de livres en train d’être lus,
et même, des ardoises imaginaires de l’enfance
– ce que les chinois anciens appellent écrire sans laisser de traces.

Ensuite, après cette première phase, pour donner un texte nouveau
à lire sur la toile,  passage obligé par azertyuiop, ce fameux clavier,
qui, en effet peut-être comparé à un piano :
mon piano, ton piano, son piano (écoutez la chanson de Ferré Léo).
Le texte écrit est livré sous forme de poème, le plus souvent,
pour celui ou celle, qui veut bien s’y arrêter un instant.

C’est là que réside la difficulté et la contradiction du média numérique.
Les lecteurs, pour la plupart, ne font que passer,
comme s’il s’agissait d’un « apparaître verbal », comme un autre.
Je n’ai rien contre passes et passages à la Montaigne,
« Je ne peins pas l’être. Je peins le passage…
Il faut accommoder mon histoire à l’heure. »,
Mais lui, faisait son miel des écrits autres, qui le nourrissaient
et lui permettaient d’armer ses répliques, d’écrire à sa manière,
unique et ondoyante, sa « glose » : nous ne faisons que nous entregloser.

Ainsi se dessine l’utopie, la visée de ce blog intitulé, un peu par provocation,
poésie mode d’emploi. Ni modèle d’écriture, toujours en devenir,
ni, encore moins, modèle de vie, mais, sans se bercer d’illusions,
incitation aux extensions du domaine du don* 
….sur les sentiers solitaires et solidaires de la création.
 
*Alain Cavaillé

JE RÊVE J’ÉCRIS LES PERTES ET LES GAINS

 
Je rêve. J’écris un poème.
Je ne me demande jamais
Pourquoi.
 
Je rêve. J’écris sur le saule
Du vieil étang
Il n’a plus de grenouilles
Depuis longtemps.
 
Je rêve. J’écris sur le bouleau
Aussi blanc
Que ma tête.
 
Je rêve. J’écris Amor
Ce mot qui confond
L’amour et la mort.
 
Je rêve. J’écris en retenant
Le souffle de la nuit.
Elle a les yeux d’un serpent
Qui se déplace sur les feuilles mortes.
 
Je rêve. J’écris sur ma porte
C’est toujours ouvert
Entrez sans frapper.
 
Je rêve. J’écris sur les murs de Mai
Cogito ergo Sum
Rue Descartes derrière le Panthéon
Là où mourut Paul Verlaine.
 
Je rêve. J’écris un poème.
C’est le dernier. Je compte ses pieds
Sur les doigts de la nuit.
Un enfant crie qui-vive !
Il tire les derniers fils.
Le temps ouvre la main
Des pertes et des gains.