C’ÉTAIT QUOI TON RÊVE ?

c’était quoi ton rêve ?

tu voyais ta maison d’enfance

côté jardin

c’était quoi ton rêve ?

tu courais dans les llanos

à la poursuite d’un tatou

c’était quoi ton rêve ?

on entendait le sifflet d’un train

te conduisant à Macchu Pichu

c’était quoi ton rêve ?

la pluie mêlée aux larmes

et deux vers de saison

que tu te répétais

c’était quoi ton rêve ?

tu revoyais ces bœufs

emportés par l’Arize* en crue

*rivière qui passe à La Bastide de Besplas (Ariège)

  c’était quoi ton rêve ?            

de l’alambic coulait

la blanche aigardent*

*eau de vie (occitan)

c’était quoi ton rêve ?

les sabots de ton père

cloc cloc les esclòps

c’était quoi ton rêve ?

tu entendais autour de minuit

le chot* du grenier

et tu te fétichais

 *chouette (occitan)       

c’était quoi ton rêve ?

le tambour du garde champêtre

au milieu de la place

qui servait de cour d’école

annonçait la venue du cirque Besson

qu’on se le dise !

c’était quoi ton rêve ?

tu le sais bien

ces images qui comme tes pages

disparaissent au fur et à mesure

de leur lecture

c’était quoi ton rêve ?

le rêve de ce rêve

où tu entrais dans l’arène

la reine des abeilles*

*Claude Nougaro

À LA BASTILLE ET EN FOULE

14 | juillet | 2007 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

QUATORZE JUILLET

Pas à pas dans la nuit

Un chat guette son ombre

Mais il se trompe de nuit

C’est une nuit sans ombre

C’est une nuit d’éclairs

De soleils et de bals

De jazz au Chat qui pêche

Et de java aux Halles

C’est une nuit d’juillet

De Jules et de Juliettes

Et de drôles de zèbres

Peints par Vincent en Arles

Ils écrasent les chats

Avec leurs pas de danse

Pas à pas dans la nuit

Ces lignes ont bougé

Mais l’Histoire ne dit pas

Comment les achever

Ce n’est pas le sujet

Dit jeunesse qui roule

Et qui chante Mimi

Où ça ?

À Bastille et en foule !

TRADUIRE C’EST UN PEU MOURIR

13 | juillet | 2007 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

L’OISEAU RARE

Traduire ?

D’abord un gagne-pain, dit le poète qui ne voulait pas professer ou polir des lentilles, ou- pourquoi pas, après tout- labourer : tout un art si l’on veut bien reverser une terre droite et propre au monde des vers blancs et des bergeronnettes suiveuses…

Traduire ?

Pour le gagne-pain, en tout cas, la poésie est interdite:   zéro franc zéro centime la ligne!

Mais…    Il y a des éclairs qui traversent le ciel du traducteur, une longue phrase retorse ou cinq mots d’accalmie, après de longues pages de signes moribonds…

Mais, il y a la fragilité d’un cou sur la mer, le sourire de votre fille de vingt ans qui ne veut pas que vous quittiez déjà la fête, le chant de l’alouette qu’un fusil va abattre, tel est le cœur…vous connaissez sans doute?

Alors traduire ?

Si vous ne connaissez pas d’abord le cœur et l’émotion, jetez vos livres de poésie et marchez longtemps seul, sur les plages, dans les forêts, les montagnes qui ne sont sur aucun dépliant touristique, seul ou accompagné(e) de votre âme sœur, de votre génie frère.

Alors, assurément, on confond les activités, on traduit ce que l’on écrit. C’est le centre et la périphérie, c’est la façon de ne pas tout à fait mourir le jour de son enterrement – d’y assister un peu tout de même comme écrivit Apollinaire- puis de s’envoler comme l’oiseau rare, ce lecteur idéal de nos livres d’images…

ÉCRIRE SANS RAISONS C’EST MA RAISON D’ÉCRIRE

12 | juillet | 2018 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

JUILLET JUJUBE ET JUJUBIER

SEPTIÈME MOIS : JUILLET. JUJUBE ET JUJUBIER.

Septième vie dans la cité de la Concorde,

Quand tout autour le monde violent se défait.

Nous maintenons récitatif, cordes de feu,

Souffles des poésies, simplement et sans bruit.

Écrire sans raisons, c’est ma raison d’écrire.

La lune a disparu dans un coin du verger,

C’est le moment de déployer nos alphabets.

Belles de nuit, filles d’Orphée et feux follets.

Portraits crayonnés sur le papier,

Qui se confient à l’anthologie Jacques Basse.

On l’entend sans la voir ma bouteille à la mer,

un peu de souffle, un peu de chant, beaucoup de temps.

Source des nuits qui la remplit d’une eau discrète.

On la voit sans l’entendre, fiasque, fiole, fillette,

Ailes de papillon, vertiges de mouettes.

Je les confie au vent, à la joie qui sécrète

ce miel secret pour le lecteur de l’autre rive,

de la pièce, du souci, du murmure intérieur.

Va-et-vient des poèmes, inutiles, essentiels.

Lebontempsdelavie, j’ouvre une anthologie,

Un poème par jour alternant homme, femme.

Lire à l’envers, en guise d’elles et loin des maîtres !

Preuves d’Amour nous font cruellement défaut.

Sous l’écorce des mots de la tribu, l’aubier,

La vie du langage qui nous donne vigueur,

joie, puissance d’agir, ABC fraternel,

imagination (faites la diérèse).

Le grand-duc au grenier, un poète empaillé.

Il se plaint de sa vie, du destin, du cogit

Ô nausée, vie absente, couchées sur papier bible.

Jean-Jacques-Dorio

LIEUX ET SOURCES DES POÈMES

SUR LE PONT DE BROOKLYN

des poèmes

qui virent

de bord

des poèmes

qui traversent

le ru

des poèmes

rutabaga

et radis noir

des poèmes

écrits

sur le pont

de Brooklyn

le premier mai

2018

*

PASSAGE MONTAIGNE

des poèmes

du milieu

de l’empire

des poèmes

qui en pincent

pour Li Po

et Wang Wei

des poèmes

du passage Montaigne

des poèmes

plus légers

que la folle avoine